Retraites : l'affaire Woerth devient un « problème »

Publié le 03/09/2010
En 2007, Eric Woerth, alors député et trésorier de l'UMP, a bien demandé à Nicolas Sarkozy la Légion d'honneur pour le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt. L'affaire commence à poser « problème », concède la CFDT.
Retraites : l'affaire Woerth devient un « problème »
Retraites : l'affaire Woerth devient un « problème »
En 2007, Eric Woerth, alors député et trésorier de l'UMP, a bien demandé à Nicolas Sarkozy la Légion d'honneur pour le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt. L'affaire commence à poser « problème », concède la CFDT.

Le Républicain Lorrain, Vendredi le 03 Septembre 2010 / IG

 

Depuis deux mois, Eric Woerth dénonce un « acharnement » et une « chasse à l'homme ». Photo AFP

Lors d'une rencontre avec des journalistes hier, Eric Woerth a reconnu pour la première fois avoir écrit en mars 2007 un courrier à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, afin de solliciter la Légion d'honneur pour Patrice de Maistre. Le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt a été fait chevalier de la Légion d'honneur dans le cadre de la promotion du 14 juillet 2007 et a reçu sa décoration début 2008 des mains d'Eric Woerth, quelques semaines après avoir embauché la femme du ministre, Florence.

A l'époque du courrier, saisi mi-août par les enquêteurs, Woerth était lui-même député et trésorier de l'UMP. « Ce courrier vous l'avez vu, j'étais député, j'ai fait comme un simple député, c'est d'une grande banalité tout ça », s'est défendu Woerth. Interrogé sur l'existence de cette lettre, il s'est emporté. « Je n'ai jamais dit qu'elle n'avait pas existé, qu'est-ce que c'est que cette histoire ? », a-t-il lancé.

Solly entendu

La demande en faveur de De Maistre, donateur de l'UMP, est intervenue en pleine campagne pour l'élection présidentielle. De source proche de l'enquête, on apprenait hier soir que le chef de cabinet de l'époque de Nicolas Sarkozy, Laurent Solly, a récemment été entendu par la police dans cette affaire. Solly est actuellement à la direction générale du groupe TF1. Lors de son audition par les policiers fin juillet, Woerth avait dit « qu'il ne se souvenait pas d'une quelconque action (en faveur du gestionnaire de fortune Patrice de Maistre) mais que si on l'avait sollicité, il avait pu donner un avis positif », avait précisé son avocat. « Devant les faits qui s'accumulent et les questions qui s'amoncellent, Eric Woerth retrouve subitement la mémoire », a ironisé Christian Eckert, député de Meurthe-et-Moselle, au nom du groupe socialiste à l'Assemblée nationale.

Le ministre se trouve dans une situation difficile : l'appui présidentiel a déjà perdu un peu de sa vigueur, comme l'a concédé le porte-parole Luc Chatel , selon qui Sarkozy s'est abstenu de soutenir Woerth devant ses camarades du gouvernement mercredi. Peut-il alors tenir le vif débat qui s'annonce sur les retraites ? Leministre débattra dès mardi soir avec le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault, lors du journal télévisé de TF1. Ce dernier, dans un entretien avec son homologue CFDT François Chérèque, a concédé hier que Woerth est « plus occupé par autre chose » que par les retraites. Cela constitue « un vrai pro blème » pour Chérèque, car « on n'aborde plus du tout le fond du dossier ».L es députés PS le jugent, eux,« totalement disqualifié ». Un avis partagé par le PCF et le NPA, qui réclament sa démission. Quant à François Fillon, il a renouvelé « toute sa confiance » à son ministre et affirmé que Woerth mènerait « à son terme au Parlement » la réforme. Dans l'après-midi, il avait affirmé que « le ministre en charge » de la réforme « ira la défendre », sans prononcer le nom d'Eric Woerth et en refusant de réagir au fameux courrier.