Retraites : la CFDT fixe ses limites

Publié le 07/06/2010
La CFDT devrait adopter au cours de son congrès à Tours une résolution sur les retraites fixant les contreparties à demander en échange d'une hausse de la durée de cotisation. Tout report de l'âge légal est d'ores et déjà rejeté.
Retraites : la CFDT fixe ses limites
Retraites : la CFDT fixe ses limites
La CFDT devrait adopter au cours de son congrès à Tours une résolution sur les retraites fixant les contreparties à demander en échange d'une hausse de la durée de cotisation. Tout report de l'âge légal est d'ores et déjà rejeté.

© Le Républicain Lorrain, Lundi le 07 Juin 2010 / IG /

 

François Chérèque sait que le gouvernement, qui a pris soin de ne pas dévoiler son projet de loi avant la réunion du syndicat, sera très attentif aux orientations du congrès CFDT. Photo AFP

La réforme des retraites sera l'un des principaux débats du 47e congrès de la CFDT qui s'ouvre aujourd'hui à Tours. Ce rendez-vous syndical devrait également voir l'actuel secrétaire général François Chérèque réélu jeudi prochain pour un troisième et dernier mandat de quatre ans à la tête de la confédération.

Contrairement à ce qu'il s'est passé en 2003, la CFDT n'est pas prête de valider la réforme actuellement présentée par le gouvernement. En 2003, l'approbation du syndicat avait provoqué le départ de 80 000 militants au cours des années suivantes. Cette fois-ci, avec les premières annonces du gouvernement, notamment, sur le report de l'âge légal de départ, Chérèque parle d'une « opposition frontale », alors que l'intersyndicale CGT, CFDT, CFTC, FSU, Unsa et Solidaires appelle à une nouvelle journée de mobilisation le 24 juin. « Les militants de la CFDT vont être les seuls qui vont pouvoir décider de la position de leur organisation en plein débat » sur les retraites, se réjouit le secrétaire général.

Hauts revenus et usure au travail

Le congrès s'ouvrira cet après-midi, avec l'intervention de Chérèque. Mercredi, un vote déterminera le niveau d'approbation de l'action de la CFDT sous la responsabilité de l'actuelle direction durant ces quatre dernières années. La deuxième partie du congrès aura pour objectif de tracer les lignes de l'action de la CFDT pour les quatre années à venir, avec notamment au coeur des débats la question des retraites. Trois résolutions sont proposées, l'une sur les « conditions de l'augmentation de la durée de cotisation », l'autre sur les « conditions d'unification des régimes » - il y en a 37 - et la troisième sur le financement des retraites, avec l'intégration des revenus des capitaux. Quant à la contribution sur les hauts revenus proposée par le gouvernement, peut-être à partir de 11 000 EUR de revenus mensuels, elle est guettée par la CFDT, qui ne se contentera pas d'« une mesure exclusivement symbolique, pour nous occuper ».

Les premières déclarations du gouvernement sur la prise en compte de la pénibilité - un salarié devra « prouver » son usure physique afin de pouvoir bénéficier d'un départ anticipé - ne passent pas non plus.

Pour Chérèque, cette question « est au coeur des inégalités. Les risques professionnels (horaires décalés, charges physiques, ambiances toxiques) identifiés dans tous les secteurs provoquent une baisse d'espérance de vie de trois-quatre ans. 100 000 à 150 000 salariés sont concernés. Ça fait trois ans que le dossier est sur la table du ministre du Travail et que rien n'a été fait ». Pour lui, il vaut mieux allonger éventuellement encore la durée de cotisation mais sans toucher à l'âge légal à 60 ans. Or, selon un sondage Viavoice paraissant aujourd'hui dans Libération, 57% des Français se disent opposés au report de l'âge légal au delà de 60 ans. Et 55% estiment que les pistes avancées par le gouvernement sont «injustes».

En résumé, la réforme telle qu'elle est posée par le gouvernement « ne répond ni au problème de financement, ni au problème démographique ni au problème d'emploi », estime Laurent Berger, secrétaire national à la CFDT chargé de présenter les motions concernant les retraites. Le secrétaire général n'entend cependant pas que le congrès soit réduit à « un débat sur les retraites » et met en avant « la réduction des inégalités vis-à-vis de la fiscalité, dans les parcours professionnels entre précaires et non précaires, et dans la protection sociale ».