Retraites : la contestation monte d'un cran

Publié le 25/06/2010
Entre 800 000 et 2 millions de personnes ont défilé hier pour défendre la retraite. Les syndicats menacent d'une montée en puissance quand le gouvernement juge la mobilisation inférieure au précédent mouvement de 2003.
Retraites : la contestation monte d'un cran
Retraites : la contestation monte d'un cran
Entre 800 000 et 2 millions de personnes ont défilé hier pour défendre la retraite. Les syndicats menacent d'une montée en puissance quand le gouvernement juge la mobilisation inférieure au précédent mouvement de 2003.

Le Républicain Lorrain, Vendredi le 25 Juin 2010 / IG
 

 

Le recul de l'âge légal de départ à 62 ans, de l'âge auquel une pension de retraite à taux plein est garantie (65 ans actuellement ; 67 après la réforme) et la hausse de la durée de cotisation ont poussé salariés et fonctionnaires dans la rue. Photo AFP

La contestation du projet gouvernemental de réforme des retraites a franchi un cran hier. Les chiffres annonçaient entre 797 000 et près de 2 millions de personnes ayant manifesté à l'appel de six syndicats, soit des chiffres proches de la mobilisation du mouvement de 2003 sur les retraites.
LE FAIT DU JOUR

La CGT s'est félicitée de cet « immense succès » avec 1,92 million de personnes dans la rue, soit le double de la précédente journée d'action, le 27 mai. Mais la mobilisation serait restée en deçà du pic des manifestations de 2009 contre la crise (entre 1,2 et 3 millions), a souligné le gouvernement. Au-delà des chiffres, l'interprétation de la journée d'hier a été très différente dans la majorité et dans les rangs des syndicats.

S'il a concédé que la participation a été « assez forte », le ministre du Travail, Eric Woerth, a observé qu'elle était « légèrement plus faible qu'en 2003 » contre la réforme Fillon des retraites (un à deux millions).

Dans une autre référence à un grand mouvement, le Nouveau Centre a jugé que « ce n'est pas décembre 1995 » avec les grandes grèves contre la réforme des régimes spéciaux.

Une semaine après l'annonce des mesures gouvernementales, centrées sur le report à 62 ans de l'âge légal de départ, la CGT s'est réjouie de son côté qu'un « grand nombre de salariés de toutes professions et générations aient su relever le défi » pour cette quatrième journée d'action de 2010. « C'est un conflit de plus grande ampleur qui se dessine si le gouvernement persiste », a averti la centrale de Bernard Thibault, avant une réunion de l'intersyndicale CGT-CFDT-CFTC-FSU-Unsa-Solidaires mardi. Solidaires a menacé d'une nouvelle manifestation « à la rentrée ».

Pour François Chérèque (CFDT), face au « sentiment d'injustice » qui « monte », le gouvernement doit « réécrire profondément cette réforme ». Le PS a appelé au retrait de la réforme « maintenant ».

Fillon prend la main

Jusque-là en retrait, le Premier ministre, François Fillon, fera aujourd'hui un point d'étape sur cette réforme phare du quinquennat de Nicolas Sarkozy, qui doit passer en Conseil des ministres le 13 juillet.

Le rendez-vous hier à l'Elysée de Thierry Henry a aussi alimenté bons mots et critiques, les syndicats épinglant un président qui « passe son temps à écouter les états d'âme d'un footballeur qui gagne 15 millions par an ».

A Paris, 47 000 personnes ont défilé selon la police, le double du 27 mai, tandis que la CGT en a recensé 130 000 contre 90 000 la dernière fois. Deux fois plus de monde aussi à Nancy, Strasbourg, Tarbes ou Angoulême.

A Marseille, où la guerre des chiffres fait rage, les manifestants étaient de 14 500 (police) à 120 000 (syndicats). A Rennes, le cortège a été six fois plus gros que le 27 mai, selon la police, et à Pamiers, le plus gros depuis 1995 selon les syndicats.