Retraites : la mobilisation s'essouffle

Publié le 27/10/2010
Après trois semaines de débat, la réforme des retraites est entrée hier dans la dernière ligne droite de son parcours législatif , face à une gauche qui ne désarme pas malgré l'essoufflement de la mobilisation sociale.
Retraites : la mobilisation s'essouffle
Retraites : la mobilisation s'essouffle
Après trois semaines de débat, la réforme des retraites est entrée hier dans la dernière ligne droite de son parcours législatif , face à une gauche qui ne désarme pas malgré l'essoufflement de la mobilisation sociale.

Vosges Matin, Mercredi le 27 Octobre 2010 / France / PARIS

Les étudiants étaient hier un millier à protester devant les grilles du Sénat où le texte de compromis élaboré avec l'Assemblée a été adopté en milieu d'après-midi.

La réforme des retraites est entrée hier dans la dernière ligne droite de son parcours législatif, avec son adoption solennelle au Sénat avant le vote définitif aujourd'hui à l'Assemblée nationale, face à une gauche qui ne désarme pas malgré l'essoufflement de la mobilisation sociale.

Le mouvement de grèves a accusé un reflux certain : baisse des grévistes à la SNCF - entre 5,4 % et 12,3 % selon les sources -, retour au travail des éboueurs à Marseille, Pau et Agen et amorce de reprise dans cinq des douze raffineries du pays selon le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux.

Sur le front des carburants, la situation était à l'amélioration. L'objectif de 80 % des stations-service approvisionnées hier « sera tenu », a assuré le ministre de l'Energie Jean-Louis Borloo.

Toutefois, les étudiants étaient appelés à nouveau à manifester partout en France alors que les lycéens ont déserté les cortèges pour cause de vacances scolaires.

Mais le mouvement avait du mal à prendre : dans la matinée, on dénombrait, selon les sources, entre 4 et 7 universités bloquées ou perturbées, sur 83 au total. En province, la mobilisation s'est souvent résumée à des actions symboliques.

A l'appel du syndicat étudiant Unef, ils étaient un millier à protester devant les grilles du Sénat où le texte de compromis élaboré avec l'Assemblée a été adopté en milieu d'après-midi par 177 voix contre 151 au terme d'un ultime débat très virulent. « C'est un vote historique », s'est réjoui le ministre du Travail Eric Woerth.

Point final

Ce mercredi, l'Assemblée nationale devrait sans aucun doute mettre un point final à ce marathon législatif en le votant à son tour.

Pour autant, la réforme ne sera pas encore loi. Les chefs de file des parlementaires socialistes ont en effet annoncé la saisine du Conseil constitutionnel en forme de baroud d'honneur. Il faudra donc encore attendre la mi-novembre, selon les calculs de Raymond Soubie, conseiller social du président Nicolas Sarkozy, pour que la loi puisse être promulguée.

Mais la tonalité générale des déclarations, de l'opposition comme du gouvernement, donnait l'impression qu'une page se tournait.

« C'est une victoire à la Pyrrhus », a fait valoir la socialiste Elisabeth Guigou. « Je sens une rancune très forte dans le pays, violente dans l'expression verbale, je sens une colère, et celle-là elle demeurera », a prévenu son collègue François Hollande.

« Aucun des problèmes n'est réglé, la réforme est rejetée par une majorité de Français », et « le problème, quoi qu'en dise le gouvernement, est devant nous », a renchéri Pierre Laurent (PCF).

Christine Lagarde (Economie) a parlé d'un « tournant » dans le conflit, tandis que Eric Woerth estimait que « ça ne sert à rien aujourd'hui de faire grève contre les retraites. »

Lundi soir, dans l'optique d'une « sortie de crise », le leader de la CFDT, François Chérèque, a proposé « une négociation sur l'emploi des jeunes et ses seniors. » Une suggestion saluée dès hier matin par Mme Lagarde et M. Woerth, et reprise en fin de matinée par François Fillon.

Après la promulgation de la loi, a dit le Premier ministre aux députés UMP, le gouvernement proposera « aux partenaires sociaux d'engager un dialogue sur l'emploi de jeunes et l'emploi des seniors. »

Après des semaines de conflit, la majorité semble vouloir calmer le jeu. « Il n'y a pas de gagnant, chacun a pris ses responsabilités », a jugé le président de la commission des Affaires sociales à l'Assemblée, Pierre Méhaignerie.