Retraites : le cavalier seul de FO

Publié le 14/06/2010
Comme le gouvernement présentera son avant-projet de loi « juste après », Jean-Claude Mailly affirme, dans l'hebdomadaire de la centrale, que cette « importante » journée « va montrer la détermination de FO sur la question des retraites », qu'il avait lui-même qualifiée en mars de « mère des revendications » dans une république sociale.
Retraites : le cavalier seul de FO
Retraites : le cavalier seul de FO
Comme le gouvernement présentera son avant-projet de loi « juste après », Jean-Claude Mailly affirme, dans l'hebdomadaire de la centrale, que cette « importante » journée « va montrer la détermination de FO sur la question des retraites », qu'il avait lui-même qualifiée en mars de « mère des revendications » dans une république sociale.

Vosges Matin, Lundi le 14 Juin 2010 / Monde
 

 

Pour Jean-Claude Mailly, FO n'est ni solitaire ni suicidaire mais pragmatique. Archive AFP

Le secrétaire général de FO prédit « plusieurs dizaines de milliers » de manifestants à Paris pour « faire reculer le gouvernement » sur une réforme qu'il juge « injuste socialement et inefficace économiquement ».

Nationalement, deux autres organisations appellent aussi à la grève demain : la Fédération générale autonome des fonctionnaires (FGAF), syndicat minoritaire dans la Fonction publique, et le Snetaa (enseignants des lycées professionnels).

FO, troisième confédération française (15,81 % aux élections prud'homales de 2008), refuse un report de l'âge légal de départ en retraite après 60 ans, mais aussi tout nouvel allongement de la durée de cotisation ou remise en cause du Code des pensions de la Fonction publique.

Le gouvernement a reçu « un ferme soutien de la CFDT dont les congressistes, par 58,9 % des voix, viennent d'accepter l'augmentation du nombre d'annuités de cotisations », a d'ailleurs critiqué vendredi la fédération FO Communication Ile-de-France.

L'unité syndicale « n'est pas une fin en soi » s'il n'y a pas de « revendications claires et communes », fait valoir FO, pour laquelle la mobilisation de ce mardi ne risque pas d'être affaiblie par la division syndicale.

De fait, la journée d'action de FO, qui avait déjà défilé seule le 1er mai, servira sans doute de prélude à celle des autres centrales (CFDT, CGT, FSU, Solidaires, Unsa et CFTC), le 24 juin. Le passage du projet de réforme en conseil des ministres est attendu fin juillet.

Pour son leader, FO « n'est ni solitaire ni suicidaire » mais agit par « pragmatisme » : « en 2003, on avait été ensemble sur des déclarations ambiguës, ça n'avait pas marché. Et l'année dernière, on avait fait toute une série de manifestations à répétition avec le risque d'user les salariés ».

Pour défendre visiblement « la marque FO », la centrale a choisi le terrain clef des retraites, reprochant aux autres syndicats d'avoir noyé cette revendication parmi d'autres.

Depuis la fin du printemps 2009, lorsque les protestations massives dans la rue ont commencé à s'étioler, FO a quasiment déserté les réunions de l'intersyndicale (CGT, CFDT, CFE-CGC, CFTC, FSU, Solidaires, Unsa). Un choix vivement critiqué par les autres syndicats.

Réflexe de survie

Le numéro un de la CFDT, François Chérèque a épinglé, la semaine dernière à Tours, FO qui « s'enferme dans sa logique d'isolement ». « Faire cavalier seul, ça ne grandit personne, et ce n'est pas terrible pour le mouvement syndical », avait estimé en mai Nadine Prigent, secrétaire confédérale de la CGT.

La singularité de FO remonte aux origines mêmes de la centrale, construite sur fond de guerre froide contre la CGT, dont elle est issue.

Mais FO s'isole aussi, selon des experts, par « réflexe de survie » depuis les nouvelles règles du jeu syndical de 2008, qui assoient la représentativité sur l'élection et éliminent les organisations recueillant moins de 10 % des voix en entreprise. Des règles favorisant plutôt les grosses centrales, CGT et CFDT.