Retraites : les positions se confortent

Publié le 15/04/2010
Les projections financières alarmantes pour les retraites confortent les positions des différents acteurs : durée du travail pour le gouvernement et refus des syndicats de faire peser les efforts sur les salariés.
Retraites : les positions se confortent
Retraites : les positions se confortent
Les projections financières alarmantes pour les retraites confortent les positions des différents acteurs : durée du travail pour le gouvernement et refus des syndicats de faire peser les efforts sur les salariés.

Jeudi 15 Avril 2010, © Vosges Matin / FRANCE

Le président du conseil d'orientation des retraites, Raphaël Hadas-Lebel a calculé un coût estimé entre 70 et 115 milliards d'euros du besoin de financement du système des retraites.
Le Conseil d'Orientation des Retraites (COR) a publié hier son rapport : à l'horizon 2050, le besoin de financement du système tous régimes confondus atteindrait sans réforme entre 70 et 115 milliards d'euros, en fonction des hypothèses économiques. À l'horizon 2020, la fourchette va de 40,7 à 48,8 mds. Ces nouvelles projections avancent de 20 ans les déficits envisagés en 2007. Aux effets conjugués du papy-boom et du vieillissement, déjà bien évalués à l'époque, se sont depuis ajoutés ceux de la crise économique qui a ébranlé toute la Sécurité sociale. Ce rapport du COR donne à la réforme des retraites une toile de fond financière, même si des syndicats ont appelé à la prudence pour interpréter les chiffres. Notamment ceux de 2050, ' un petit peu aléatoires ' pour Bernard Thibault (CGT), voire relevant de ' Nostradamus ' pour Jean-Claude Mailly (FO). C'est le Medef qui s'est montré le plus critique, déplorant des scénarios ' peu réalistes ', notamment pour les taux de chômage envisagés par le COR, jugés trop optimistes (de 4,5 à 7 % selon les scénarios). ' Nous n'avons voulu être ni alarmistes ni lénifiants ', s'est défendu le président du COR, Raphaël Hadas-Lebel, expliquant avoir ' écarté les scénarios dits repoussoirs ' et concédant les limites des chiffres à long terme. Mais le rapport du COR a surtout apporté de l'eau au moulin de chacun sur les contours de la réforme. ' Le premier enseignement, c'est que c'est la crise, encore en 2030, qui est la cause de la moitié du déficit ', a constaté M. Malys. Pour la CFDT, ' ce n'est donc pas aux assurés et aux salariés de payer seuls, parce que ce ne sont pas eux les responsables. ' Eric Aubin, chargé des retraites à la CGT, est sur la même longueur d'ondes : ' les chiffres sont mauvais, mais il ne faut pas dramatiser, les moyens existent pour les retraites, l'économie crée des richesses, il faut mieux les répartir .' La crise comme accélérateur ? Bernard Devy (FO) estime aussi que les effets de la crise ne doivent servir de prétexte ' au gouvernement pour justifier les efforts qu'il entend faire porter sur les salariés seulement. ' ' L'ampleur des déficits justifie qu'on demande des efforts à tous ', a expliqué Danièle Karniewicz (CFE-CGC). ' Mais tout le monde doit prendre ses responsabilités, le gouvernement aussi et on ne peut pas laisser entendre qu'il ne peut y avoir que des mesures sur l'âge ', a-t-elle ajouté, demandant ' de remettre en cause les logiques de répartition des richesses. ' Tous les syndicats demandent donc au gouvernement d'ouvrir le dossier des ressources, listant de multiples pistes : élargissement des assiettes des cotisations, réduction des exonérations, taxation du capital, etc... La première secrétaire du PS, Martine Aubry, les a appuyés dans ce sens dans une tribune publiée hier par Le Monde. Le Medef, qui plaide pour un recul de l'âge légal, a prévenu dès lundi qu'il ne voulait pas entendre parler de hausse des prélèvements, une piste que le ministre du Travail, Éric Woerth, a de fait écartée dès le début de la concertation. ' La crise au fond, ne fait qu'être un accélérateur du problème structurel ' du système, a estimé hier M. Woerth, jugeant, à la lumière des chiffres du COR, que le paramètre principal à faire bouger est la durée de la vie active pour faire face au vieillissement de la population.