Retraites, mode d'emploi

Publié le 24/05/2012
Jean-Marc Ayrault promet un « processus continu ».
Retraites, mode d'emploi
Retraites, mode d'emploi
Jean-Marc Ayrault promet un « processus continu ».

Vosges Matin, L'Est Républicain, Jeudi le 24 Mai 2012
 

Jean-Marc Ayrault a précisé sa « méthode » en matière de politique sociale et confirmé le retour « dans trois semaines »  de la retraite à 60 ans, sous conditions.

Lors de sa campagne, François Hollande avait dit son intention « d'aller vite » et d'agir par décrets pour « l'urgent », puisque la prochaine Assemblée ne sortira des urnes que le 17 juin et qu'il faudra l'installer. En ce qui concerne le retour partiel à la retraite à 60 ans et l'augmentation de 25 % de l'allocation de rentrée scolaire, ce sera fait « dans trois semaines », a précisé Jean-Marc Ayrault. Si ce calendrier est respecté, ces mesures à haute teneur symbolique seront actées entre les deux tours des législatives.

« Carrières longues »

Certes, le nombre des possibles bénéficiaires d'un départ à la retraite à taux plein dès 60 ans a été revu à la baisse. Le Premier ministre parle désormais de 100.000 personnes concernées la première année, contre 130.000 ou 150. 000 jusqu'alors. Mais le coût du dispositif reste inchangé, un milliard d'euros, et ni le chef de l'État ni le gouvernement n'entendent y renoncer, malgré les protestations de Laurence Parisot. La présidente du MEDEF estime que les entreprises ne peuvent pas payer plus. Elle juge que les régimes complémentaires seraient menacés par cette réforme et qu'un risque de « décrochage » de la France en découlerait.

La ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, a donc été chargée de consulter les partenaires sociaux. Il reste quelques ambiguïtés à lever, en particulier sur la prise en compte des périodes de chômage et de maladie dans le calcul des 41,5 annuités nécessaires pour ces travailleurs entrés dans la vie active à 18 ou 19 ans. Aujourd'hui, celles-ci sont en partie intégrées dans le dispositif « carrières longues » mais François Hollande n'a évoqué que les « périodes cotisées ». Sur RTL, hier, Jean-Marc Ayrault s'est montré prudent. Il a réaffirmé sa volonté « de corriger et supprimer une injustice » mais à condition de « rester dans l'épure » et de n'en « pas augmenter le coût ». Car si « des marges de manoeuvre existent », le gouvernement, qui a commandé un audit sur l'état des finances publiques à la Cour des Comptes, « tranchera » au vu des contraintes budgétaires et de « ce qui rentre dans l'enveloppe ».

« Pas de shows »

La résolution de Jean-Marc Ayrault de prendre ses responsabilités n'empêche par le Premier ministre et le président de vouloir redonner aux organisations syndicales leur rôle prépondérant, qu'ils souhaitent inscrire dans la Constitution. Lors du conseil des ministres, le calendrier de préparation de la conférence sociale annoncée avant le 14 juillet a été précisé. Le 29 juin, Jean-Marc Ayrault rencontrera chacun des syndicats dits représentatifs (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC pour les salariés et MEDEF, CGPME, UPA pour le patronat) en compagnie de Michel Sapin, ministre du travail et de l'Emploi, de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, et de Marylise Lebranchu, ministre de la Réforme de l'Etat. Absent de ces échanges bilatéraux, semble-t-il, Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif (ou progressif, selon le J.O.), qui avait grillé la politesse au chef du gouvernement en prenant seul ses contacts. Puis les organisations seront réunies ensemble début juin pour arrêter l'ordre du jour. Emploi, formation, compétitivité, salaires, retraites et conditions de travail seront au menu de cette conférence, qui pourra durer plusieurs jours. Ainsi que les « méthodes sociales » futures : simple concertation, négociations entre syndicats et patronat, seuls ou en présence de l'Etat. « Il n'est pas question de faire des shows, des sommets sociaux qui durent une heure ou deux, où chacun s'exprime, où on repart et où il ne se passe rien », a prévenu Jean-Marc Ayrault, qui promet un « processus continu, tout au long du quinquennat ».