Retraites

Publié le 21/06/2010
Méhaignerie et le bouclier fiscal
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Méhaignerie et le bouclier fiscal

© L'Est Républicain, Lundi le 21 Juin 2010 / Ouverture France-Monde

 

Pierre Méhaignerie, président de la Commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale. Photo d'archives AFP

Si le gouvernement semble avoir bouclé son projet de loi sur la réforme des retraites, les syndicats comptent sur la mobilisation des salariés le 24 juin. Pierre Méhaignerie, lui, va expliquer la réforme.

Pierre Méhaignerie, vous êtes président de la Commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale. Vous procédez à un tour de France pour expliquer la réforme des retraites. Lourde tâche...

J'ai prévu de me déplacer à Nancy, Rouen, Marseille ?.. au total six villes pour préparer pédagogiquement la réforme des retraites et bien sentir l'attente des électeurs. Nous avons déjà beaucoup travaillé en commission, plus de 30 auditions. Ce qui m'autorise à souligner l'abîme entre ce qui a été dit en commission lors de nos débats et ce qu'on entend aujourd'hui publiquement. J'ai eu plusieurs conversations individuelles, y compris avec des collègues socialistes : ils avaient des positions beaucoup plus nuancées que les déclarations officielles du PS aujourd'hui.

Les syndicats sont quand même vent debout.

La CGT et la CFDT s'érigent en contre-pouvoir. Depuis le début, on savait qu'on serait seuls. Bien sûr, c'est toujours facile de jouer les Père Noël mais bonne chance quand on revient au pouvoir ! Cette réforme est raisonnable, équilibrée et juste. La majorité serait très unie, très soudée pour la défendre, y compris ce qu'on appelle son « aile sociale ». En 2018, un salarié aura gagné trois années de retraite supplémentaire par rapport à la situation de 1981.

Quand Pierre Moscovici pour le PS déclare que les deux erreurs du quinquennat seront le bouclier fiscal et les retraites, que lui répondez-vous ?

Sur les retraites, je ne suis pas du tout d'accord. On est dans la surenchère. Même Madame Aubry parlait de 62 ans. Tous ceux qui ont réfléchi et se montrent responsables optent pour cette hypothèse. Mais il reste quelques points à revoir : les carrières heurtées, et notamment celles des femmes, les conditions de la pénibilité, il faut voir si des mesures complémentaires ne seraient pas utiles.

Vous n'avez pas répondu sur le paquet fiscal.

Nous sommes nombreux à y réfléchir et à travailler sur cette question. Il était adapté avant la crise. L'ensemble fiscal mérite d'être regardé. Les 20 % les plus aisés affichent un taux d'épargne de 35 %. Ils bénéficient des niches et de la baisse de l'impôt sur le revenu depuis dix ans. Il ne serait pas anormal sur le plan de la justice fiscal qu'ils participent à un effort de solidarité. Pour les deux ans à venir, il nous faut tout à la fois concilier la compétitivité des entreprises et donc l'emploi, mais aussi réduire les déficits. Car les déficits sont une menace pour la construction européenne, pour l'emploi, la confiance du pays et de son avenir.

Propos recueillis

par Philippe RIVET