Retraites Une communication gouvernementale réussie - Attaque en biais

Publié le 29/05/2010
Un million de manifestants ou moins ? François Chérèque (CFDT) et Bernard Thibault (CGT) estiment avoir atteint l'objectif fixé tandis que le gouvernement peut penser qu'il a échappé à une mobilisation massive, malgré l'annonce de la fin de la retraite à 60 ans.
Retraites Une communication gouvernementale réussie - Attaque en biais
Retraites Une communication gouvernementale réussie - Attaque en biais
Un million de manifestants ou moins ? François Chérèque (CFDT) et Bernard Thibault (CGT) estiment avoir atteint l'objectif fixé tandis que le gouvernement peut penser qu'il a échappé à une mobilisation massive, malgré l'annonce de la fin de la retraite à 60 ans.

© L'Est Républicain, Vendredi le 28 Mai 2010 / Ouverture France-Monde  - L'analyse

Et tous de scruter une opinion dont les sondages montrent qu'elle hésite entre résignation et souhait de quitter le travail le plus tôt possible. Nicolas Sarkozy n'exclut pas de fortes turbulences, mais attend de cette bataille qu'elle oppose les anciens et les modernes ou les idéologues et les pragmatiques. Pour camper la scène de la prochaine présidentielle. La communication gouvernementale a tout fait pour préparer les Français à « l'inéluctable » : la logique démographique impose de travailler plus longtemps, voire de renoncer à cette exception nationale que constitue la retraite à 60 ans. Mais en lançant de « défi » aux syndicats, le ministre du Travail prend soin de rassurer la fonction publique et d'écarter, dans l'immédiat, les régimes spéciaux de la réforme en cours. Ce sont là que se trouvent les bataillons de manifestants et de grévistes, qui risquent de bloquer le pays. D'où un clivage public privé, qui recouvre en partie celui de la gauche et de la droite et, accessoirement, différencie la CGT de la CFDT. Une fois le congrès de celle-ci passé, début juin, de vraies négociations pourraient s'engager sur les carrières longues et la pénibilité qu'elle veut voir prises en compte. Chacun faisant un pas au nom du réalisme et de l'intérêt général.

Aubry rend impossible toute réforme

Sur ce chemin à risques, tous les ténors de la majorité saluent « le courage » du chef de l'Etat, qui s'oppose à « l'imprévoyance » de François Mitterrand et à la « démagogie » de Martine Aubry. Une attaque qui a le mérite de resserrer les rangs à droite, alors que des voix s'élèvent à gauche pour affirmer que les 60 ans ne doivent pas constituer un « dogme ». A la différence de Dominique Strauss-Kahn, la première secrétaire du PS rend impossible toute réforme consensuelle et annonce même qu'en cas de victoire, la gauche reviendra sur le report de l'âge légal de la retraite. Quitte à se voir rappelé que le projet du PS sur le sujet entérine la réforme de 2003 qu'il avait vivement critiquée, comme s'il ne pouvait se défaire de positions défendant avant tout son électorat. C.Q.F.D. Martine Aubry y gagne le statut de première opposante. Elle pourrait y perdre celui de responsable apte à gouverner. A moins que les Français ne renoncent au renoncement.

Chantal DIDIER