Retraites : une réforme inadaptée à la « réalité du marché du travail »

Publié le 20/06/2010
La réforme des retraites est « injuste » notamment parce qu'elle ne prend pas en compte la « réalité » du marché du travail, avec la précarité, la difficile insertion des jeunes ou le faible emploi des seniors, ont critiqué hier cinq leaders syndicaux (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, Unsa).
Retraites : une réforme inadaptée à la « réalité du marché du travail »
Retraites : une réforme inadaptée à la « réalité du marché du travail »
La réforme des retraites est « injuste » notamment parce qu'elle ne prend pas en compte la « réalité » du marché du travail, avec la précarité, la difficile insertion des jeunes ou le faible emploi des seniors, ont critiqué hier cinq leaders syndicaux (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, Unsa).

© Vosges Matin, Dimanche le 20 Juin 2010 / France

 
La CGT de la Haute-Garonne a acheté des trompettes vuvuzuela pour « se faire entendre » lors de la manifestation du 24 juin contre la réforme des retraites. (Photo PQR) 

Dénonçant « une réforme inacceptable, injuste, comptable, de court terme » qui vise à « faire des économies sur les retraites », le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault a considéré qu'»on ne peut pas faire abstraction de la réalité du marché du travail » et de « la précarisation des emplois ».  Cela pose « un problème de société de demander à des parents de rester plus longtemps au travail lorsqu'ils y sont et d'expliquer à leurs enfants qu'ils vont devoir rester au chômage », a-t-il lancé sur France Inter, aux côtés de quatre de ses homologues. A la différence de la France, « l'Allemagne a un système de retraite intègrant les difficultés du marché du travail », dont « la montée de la précarité », avec une durée de cotisation moindre (35 ans), a noté Alain Olive (Unsa), voyant dans la réforme prévue « un champ de mines et d'injustices » qui ouvre la voie à « l'un des systèmes les plus durs d'Europe ».

Problème de la pénibilité

L'avant-projet gouvernemental ne reflète qu'une « vision financière des choses », a jugé Jean-Claude Mailly (FO), soulignant que si « vous exigez des salariés qu'il restent plus longtemps, il y a un phénomène de vases communicants, cela va empêcher des jeunes de trouver du boulot et le taux d'inaptitude au travail va augmenter ». Il a aussi déploré que « le problème de la pénibilité ne soit pas réglé », alors qu'il suffirait, selon lui, d'»une faible cotisation patronale et d'une mutualisation pour permettre aux salariés usés, cassés de partir avant ».

La réforme ne comprend « rien sur l'emploi, central pour régler le problème des retraites » et prévoit les mêmes règles « quel que soit le parcours professionnel », ce qui pénalisera surtout « ceux qui n'ont pas fait d'études, ont commencé tôt et ont des emplois pénibles », a critiqué François Chérèque (CFDT). 

Pour Bernard van Crayenest (CFE-CGC), « il est impératif de conditionner les évolutions à l'amélioration du taux d'emploi et à la baisse du taux de chômage de tous les publics, jeunes comme seniors ». « Or les trentenaires aujourd'hui ont validé sept trimestres de moins que ceux d'il y a 40 ans en raison de leurs difficultés à rentrer de manière stable et durable » dans l'emploi, a-t-il dit. 

La réforme va signifier « travailler jusqu'à 67 ans pour un nombre très important de salariés » qui « ne pourront pas prendre la retraite à 62 ans à taux plein (sans décote) avec les conditions d'emploi qui ont été les leurs », a prévenu M. Olive. « Ils n'iront pas » travailler jusqu'à 67 ans, parce qu'ils « seront au chômage ou parce qu'ils ne pourront pas, notamment des femmes ayant eu des métiers répétitifs qui devront s'arrêter pour des raisons physiques et subiront des décotes », a lancé M. Chérèque.