Revanche

Publié le 03/02/2011
Les grandes réformes sociales sont dures pour tout le monde.
Revanche
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Les grandes réformes sociales sont dures pour tout le monde.

Le Républicain Lorrain, Jeudi le 03 Février 2011 / IG /

 

Pour le gouvernement qui doit affronter la colère populaire. Pour les bénéficiaires présumés qui ont le sentiment d'en être les victimes. Et pour les organisations syndicales qui, après avoir mené la danse de la résistance, perdent toujours à la fin. La réforme des retraites de 2003, dite réforme Fillon, avait permis au gouvernement Raffarin d'enfoncer un coin dans le camp syndical en ralliant la CFDT à son projet. Mais François Chérèque l'avait payé cher. Il avait dû subir la fronde d'une partie de ses troupes, puis assister au départ de plusieurs dizaines de milliers d'adhérents qui ont rejoint la concurrence. Cette fois, c'est Bernard Thibault qui est sorti affaibli d'une bataille dont la CGT était, en principe, le fer de lance. Il lui est reproché, en interne, de s'être laissé embarquer dans une parodie de concertation avec le ministre du Travail, Eric Woerth, autour d'une réforme des retraites qui s'est révélée non négociable. Et d'avoir collé à la CFDT pour préserver le front commun syndical. L'alliance n'ayant rien obtenu, en dépit de quelques manifestations unitaires réussies et d'une série de grèves, c'est la stratégie choisie par Bernard Thibault qui est mise en cause. Notamment par les « durs » de la CGT proches du Parti communiste, du NPA et du Front de gauche. Au-delà de cet échec, c'est l'évolution réformiste engagée par le secrétaire général qui est critiquée au sein de la confédération où la ligne Thibault n'a jamais fait l'unanimité. Les récents revers électoraux enregistrés par la CGT dans ses bastions que sont EDF, la RATP et La Poste n'ont pas aidé l'actuelle direction. Bernard Thibault en a-t-il assez, comme il l'aurait confié, et a-t-il décidé de ne pas aller au bout de son troisième mandat ? L'intéressé dément catégoriquement. Mais on sait qu'il est parfois de bonne guerre de distiller des rumeurs de démission pour être prié de n'en rien faire. Thibault doit sa place au mouvement social de 1995, dont il fut le leader et la révélation. Le mouvement avorté de l'automne 2010 pourrait lui être fatal.Pierre FRÉHEL.