Rien de nouveau sous le préau

Publié le 16/03/2012
La traduction du ras-le-bol enseignant dans les urnes pourrait être cinglante.
Rien de nouveau sous le préau
Rien de nouveau sous le préau
La traduction du ras-le-bol enseignant dans les urnes pourrait être cinglante.

© Vosges Matin, Vendredi le 16 Mars 2012 / France Monde + Est Républicain

 

Le débat a pour l'heure surtout recyclé les vieilles antiennes de l'Âge d'Or : retour aux apprentissages fondamentaux, autorité, parcours individualisés Photo d'archives Alexandre MARCHI

Photo d'archives Alexandre MARCHI

Très présente en début de campagne, l'éducation semble désormais reléguée au second plan derrière les thématiques socio-économiques.

L'école et la qualité de l'enseignement figurent au 4e rang des préoccupations des Français (46 % des personnes interrogées, baromètre TNS-Sofres mars 2012). Même si c'est assez loin derrière le chômage (78 %), le pouvoir d'achat (54 %) et la santé (54 %), l'enjeu n'est donc pas mince. D'autant que les enseignants représentent à eux seuls un gisement de près d'un million de voix et que l'École constitue un patrimoine commun : tout le monde y est passé, beaucoup ont ou auront des enfants qui y passeront.

Dans cette présidentielle, le coup est parti très tôt et très fort : en novembre dernier, François Hollande annonce son intention de créer, s'il est élu, 60 000 postes sur 5 ans dans l'Éducation nationale. Une bombe qui lui vaut depuis un procès permanent en irresponsabilité budgétaire.

En 2007, 18 % des profs avaient voté Sarkozy au 1er tour, 32 % avaient voté Royal et près de 30 % Bayrou

Rebond le 28 février à Montpellier dernier quand Nicolas Sarkozy propose que les enseignants volontaires travaillent plus (8h/semaine) pour gagner plus (500 EUR/mois)... Côté face : de quoi accroître les taux d'encadrement des élèves et la présence d'adultes au sein des établissements. Côté pile : une relance en creux de la sempiternelle controverse autour de l'emploi du temps des profs. A part cela ? Rien de nouveau. Le débat a pour l'heure surtout recyclé les vieilles antiennes de l'Âge d'Or : retour aux apprentissages fondamentaux, autorité, parcours individualisés dont personne ne dit comment ils seront financés, etc. Pas grand-chose de novateur sur un sujet dont, pourtant, chaque candidat souligne le caractère fondamental. Ainsi, finalement, il aura suffi à François Bayrou de promettre respect et fin de la casse pour marquer des points. Les questions de fond, quant à elles, semblent évitées.

En 2007, 18 % des profs avaient voté Sarkozy au 1er tour, 32 % avaient voté Royal et près de 30 % Bayrou. Si le candidat centriste rêve sans doute de faire la passe de deux, François Hollande devra pour sa part faire mieux que la présidente de Poitou-Charentes auprès d'un électorat devenu très volatile. Pour le président sortant, qui ne réunirait plus que 12,5 % des intentions de vote au 1er tour (sondage IFOP réalisé à la mi-février), l'équation semble beaucoup plus complexe. « Le quinquennat qui s'achève a fait beaucoup de mal à l'école publique : l'approche comptable et arbitraire de la question des moyens a étouffé le débat de fond et les réformes menées sont au mieux inabouties, dans le cas du lycée, ou catastrophiques en ce qui concerne la mastérisation », flingue Thierry Cadart, secrétaire générale du Sgen-CFDT. La traduction du ras-le-bol enseignant dans les urnes pourrait être cinglante.

Hervé BOGGIO