Roulette russe

Publié le 19/01/2012
Cela aura fini par sauter aux yeux, même de ceux ayant jusque-là du mal à comprendre : le sommet social, ou sommet de crise, convoqué par Nicolas Sarkozy à l'Elysée aura constitué le coup d'envoi de sa campagne présidentielle.
Roulette russe
Roulette russe
Cela aura fini par sauter aux yeux, même de ceux ayant jusque-là du mal à comprendre : le sommet social, ou sommet de crise, convoqué par Nicolas Sarkozy à l'Elysée aura constitué le coup d'envoi de sa campagne présidentielle.

© Le Républicain Lorrain, Jeudi le 19 Janvier 2012 / IG /

 

 

 

Face à l'aggravation du chômage, François Chérèque appelait un tel sommet de ses voeux cet été déjà. Le chef de l'Etat lui aura répondu fort tardivement. En fonction de son agenda politique. Ou, plus précisément, du calendrier électoral qui lui est imposé par une forte contrainte extérieure. Celle des sondages d'une part. Des agences de notation de l'autre.

Pourquoi si tard ? Parce que l'évolution de la situation économique a fini par montrer que la fébrilité sur la scène internationale ne produisait rien en termes d'intentions de vote. Le président protecteur ne protège rien ni personne, surtout pas lui-même, guetté qu'il est, comme les chefs des gouvernements britannique, irlandais, grec et portugais avant lui, par les effets électoraux de la crise conduisant à sortir automatiquement les sortants.

L'expérience n'y faisant rien et la crise n'ayant pas sur les peuples l'effet paralysant escompté, Nicolas Sarkozy a donc opté pour la stratégie des réformes structurelles sur le front de l'emploi - crucial pour la présidentielle - avec l'idée que, malgré l'impopularité de la TVA sociale et des accords de compétitivité, les Français le créditeront du courage de l'impopularité et qu'un renversement finira par s'opérer en sa faveur.

Premier acte de la dramaturgie, le sommet social avait pour objet de brosser un portrait consensuel - a minima - du chef de l'Etat en lui faisant consulter les partenaires sociaux. C'est plutôt réussi, puisque les appâts lancés aux syndicats - logement, formation des chômeurs, Pôle Emploi - ont évité les grincements, CGT et CFDT se contentant de réaffirmer poliment leur opposition de principe à la TVA sociale. Le deuxième acte suivra à la fin du mois, lorsque Nicolas Sarkozy nous annoncera les yeux dans les yeux ce qu'il a décidé sur le sujet central : la restauration de la compétitivité française, garante de la baisse du chômage. Tactiquement, c'est assez bien ficelé. Rien n'indique cependant que les Français décoderont ses mesures « courageuses » avec l'oeil de diplômés de Paris-Dauphine ou de la London School of Economics.

Philippe WAUCAMPT.