Sarkozy à l'épreuve de la lutte finale

Publié le 07/04/2012
Après avoir dévoilé son programme, le président sortant jette toutes ses forces dans l'ultime assaut. Objectif : reconquérir l'Élysée... et la confiance des Français.
Sarkozy à l'épreuve de la lutte finale
Sarkozy à l'épreuve de la lutte finale
Après avoir dévoilé son programme, le président sortant jette toutes ses forces dans l'ultime assaut. Objectif : reconquérir l'Élysée... et la confiance des Français.

© Le Républicain Lorrain, Samedi le 07 Avril 2012 / Région
 
Nicolas Sarkozy martèle sa détermination lors de meetings aux allures de one man showà guichets fermés. « La politique sans passion est condamnée au désintérêt. Voilà pourquoi je m'engage ! » Photo Pascal BROCARD 

Moribond en janvier. Victorieux en mai. Son intime conviction d'arracher un second quinquennat, Nicolas Sarkozy la colporte d'un bout à l'autre du pays. À la manière d'un funambule, raillent ses détracteurs, en pointant « l'abyssal bilan » qu'ils espèrent fatal au « candidat sortant ». « Sortant, peut-être, mais pas encore sorti » rétorquent les franges UMP, plus promptes à saluer la résurrection de leur champion en « Monsieur cent mille volts » - « Rambo urbain » écrivait en 2007 Yasmina Reza - arpentant jusqu'aux arrière-cours d'une France profondément désabusée.

Dispersé, quasi atomisé, son camp reprend brusquement espoir en ce début avril et resserre les rangs. « Il se passe quelque chose », pronostique alors Laurent Hénart, secrétaire général d'un Parti radical pourtant divisé sur le cas Sarkozy. « Il revient dans le jeu », embraye au diapason la députée Valérie Rosso-Debord, membre de la « cellule riposte » de l'UMP. Laquelle retient des sondages cette spectaculaire remontée qui le positionne désormais en tête, au soir du 22 avril. « Pour le second tour, on repartira à zéro. Une nouvelle bataille s'engagera », prédit-elle en affichant une confiance inoxydable.

« Je veux moins de pauvres »

L'artiste, lui, martèle sa détermination lors de meetings aux allures de one man show à guichets fermés. Comme ce lundi 2 avril devant 6 000 supporters galvanisés au Zénith de Nancy : « La politique sans passion est condamnée au désintérêt. Voilà pourquoi je m'engage ! » De fait, il fonce. Enfourche ses thèmes de prédilection. Régaliens de préférence : laïcité, burqa, retraites, crise, terrorisme, immigration. « Je n'accepterai jamais qu'un petit club nous interdise de débattre entre républicains des flux migratoires ». Redessine les contours d'une France inachevée. La sienne. Celle déjà claironnée en 2007, espérée depuis les années Balladur. Celle-là même qui électrisait un Longuet. « Avec lui à l'Élysée, on va pouvoir faire bouger les lignes », confiait le Meusien en l'accompagnant lors d'un déplacement en Moselle-Est.

Inchangé sur le fond, le dessein sarkozyste promeut le levier libéral pour affranchir le pays des pesanteurs d'un État jugé surdimensionné et ruineux. Une France dans laquelle les corps intermédiaires, au premier rang desquels les syndicats, seraient priés de s'en tenir... au minimum syndical. Effet garanti en meeting au moment où, comme à Besançon ce vendredi 30 mars, il fait siffler la CGT... et, nouveauté, la CFDT, dans le collimateur depuis que ses « permanents » d'ArcelorMittal ont tenté d'approcher le QG de campagne, rue de la Convention, « pour le mettre à sac ». L'argument porte. Ovation à droite. Sourires crispés au centre. L'orateur savoure sans ciller. Après tout, celui qui a érigé le clivage en mode de gouvernance en est intimement convaincu : le pays mérite mieux que « cette pensée unique insupportable ». Visés, ceux « qui vont à la télé, non pour parler, mais pour se contempler dans un miroir ». Mélenchon - l'allié objectif - n'est pas très loin qui fustige, lui et sa révolution citoyenne, « les belles personnes ». C'est qu'à l'instar de l'ex-sénateur, jeté comme une peau de banane dans les roues de Hollande, le président sortant se place hors du système. Joli tour de force ! Et surtout il cogne. Sur son adversaire socialiste, bien sûr. Au sujet d'Arcelor : « Hollande l'a dit aux salariés [à Florange] : il ne promet rien. Il tiendra ». Ou de la justice fiscale : « Monsieur Hollande, faut pas avoir peur du talent. Vous voulez moins de riches. Je veux moins de pauvres ». Quant à la proposition de blocage de la hausse des prix du pétrole : « Sûr que les Saoudiens et les Iraniens tremblent de peur ». Le même moque rétrospectivement « la mine des socialistes qui s'allonge » lors de son entrée en campagne. Avec gourmandise : « Ils m'avaient oublié, c'était fini, ils étaient tranquilles, ils avaient fait un petit club, le petit club des socialistes heureux, heureux de se regarder le nombril, heureux de se contenter, heureux de se féliciter ». Cette séquence, croit-il au contraire, lui appartient. Voilà pourquoi au-delà même de la promesse de victoire faite à son camp, Nicolas Sarkozy entend la jouer à fond. En se défiant des « boules puantes » concernant le financement de sa campagne de 2007. Façon Blitzkrieg. En toute exclusivité. Question de tempérament.

Xavier BROUET.