Savoir-faire

Publié le 16/02/2010
Comme disait François Mitterrand - que l'on aime souvent citer à l'Élysée - en politique, il n'est pas interdit d'être adroit.
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Comme disait François Mitterrand - que l'on aime souvent citer à l'Élysée - en politique, il n'est pas interdit d'être adroit.

© Le Républicain Lorrain, Mardi le 16 Février 2010 / IG /

 

En particulier sur un sujet comme la réforme des retraites qui, pour être délicat et complexe, n'en vient pas moins de fournir à Nicolas Sarkozy l'occasion de prouver qu'il n'était pas manchot.

La tactique revenant à laisser entendre qu'était envisagé un recours à la méthode Balladur ayant consisté à faire passer en plein été 1993 la réforme des retraites du privé, cette tactique a payé puisqu'elle a permis au chef de l'Etat de montrer qu'il était, au contraire, soucieux d'éviter un passage en force en cette délicate année 2010 qui, normalement, doit consacrer la sortie de crise.

Le climat social étant aujourd'hui plus délicat qu'au plus fort de la tourmente de l'an passé, où les syndicats ont montré une érosion de leur capacité de mobilisation, l'Élysée avait d'autant plus intérêt à étaler la discussion qu'en repoussant les décisions à septembre il enjambe les élections régionales en évitant d'en faire un thème de campagne. Evacuées du paysage électoral immédiat, les retraites retrouveront leur capacité de nuisance pour l'échéance suivante car, comme le fait observer un hiérarque de l'UMP, une primaire socialiste, ça se jouera encore plus à gauche que pour conquérir le parti. Malgré la tentation, les présidentiables du PS ne prendront donc pas le risque d'un débat consensuel sur le sujet, perdant du même coup une partie de leur électorat modéré.

Si les retraites sont une bombe à retardement pour le PS, elles ne constituent pas pour autant la providence des syndicats. Ceux-ci vont certes retrouver une capacité de mobilisation grâce à ce dossier mais chacun va en profiter pour jouer sa partition au détriment des autres, en particulier FO qui l'utilisera comme levier pour se démarquer de la CGT et de la CFDT. Au total, si l'Élysée n'est pas dans la plus inconfortable des situations, il ne contrôle pas pour autant l'expression d'une demande sociale accrue à l'occasion de la sortie de crise qui s'esquisse. Au moment où la courbe du chômage s'infléchira, la question du pouvoir d'achat retrouvera toute son acuité. De quoi faire prendre la mayonnaise si ça coince par ailleurs sur les retraites. Mais chaque chose en son temps.

Philippe WAUCAMPT.