SeaFrance : la bataille pour l'emploi continue

Publié le 10/01/2012
Le tribunal de commerce de Paris a scellé hier la mort de SeaFrance, mais le gouvernement veut relancer au plus vite une solution avec un partenaire privé, Eurotunnel ou Louis Dreyfus, pour « sauver l'emploi ».
SeaFrance : la bataille pour l'emploi continue
SeaFrance : la bataille pour l'emploi continue
Le tribunal de commerce de Paris a scellé hier la mort de SeaFrance, mais le gouvernement veut relancer au plus vite une solution avec un partenaire privé, Eurotunnel ou Louis Dreyfus, pour « sauver l'emploi ».

© Le Républicain Lorrain, Mardi le 10 Janvier 2012 / IG /

 

 

Les salariés de SeaFrance rassemblés devant le tribunal de commerce de Paris qui a décidé la liquidation de la société. PhotoREUTERS

Les juges consulaires ont décrété la liquidation définitive et la cessation d'activité de la compagnie de ferries transmanche, filiale déficitaire de la SNCF, sans accorder aux salariés le sursis réclamé après le soutien apporté in extremis par Eurotunnel à une reprise par une coopérative ouvrière (Scop). Les défenseurs de ce projet ont dénoncé un « gâchis énorme », mais cette décision n'est sans doute qu'une étape de plus.

Hier soir, la ministre des Transports, Nathalie Kosciusko-Morizet, a annoncé sur TF1 que le groupe Louis Dreyfus Armateurs (LDA) proposait de mettre en service deux de ses navires et «de reprendre 300 marins de SeaFrance, tous des marins français, sous pavillon français, pour assurer la liaison Calais-Douvres». Nathalie Kosciusko-Morizet a indiqué qu'elle se rendrait «demain (aujourd'hui) à Calais pour discuter avec tous les salariés». «Poursuivons la piste privée», a-t-elle dit. «Nous cherchons une solution pour chacun, nous ne baisserons pas les bras», a-t-elle ajouté.

« Il y aura une solution crédible pour tous les salariés », avait assuré plus tôt Nicolas Sarkozy ajoutant que le gouvernement recevrait «dès demain» (aujourd'hui) les représentants du personnel pour leur «faire des propositions». « La totalité des pistes qui vont permettre aux 800 salariés de retrouver un emploi vont être explorées », a déclaré le ministre chargé des Transports, Thierry Mariani.

Dans son jugement, le tribunal de commerce a estimé que le plan de reprise par la société coopérative et participative (Scop) n'était pas « valable » et que « l'activité ne peut être poursuivie ». L'offre présente « le grave inconvénient de ne pas comporter le financement nécessaire pour redémarrer l'activité », a déclaré le président de la chambre.

Eurotunnel entre en scène

« C'est un gâchis énorme. Un gâchis social d'abord puisqu'il concerne le sort de 1 010 salariés, un gâchis économique également », a dénoncé l'un des avocats du projet de Scop, Me Philippe Brun, en référence aux 880 salariés de SeaFrance à Calais (Pas-de-Calais) et aux 130 de la filiale britannique.

La décision du tribunal de commerce n'est pas une surprise. Les promoteurs de la Scop, seul projet en lice, avaient fondé leurs espoirs dans l'arrivée d'Eurotunnel dans le dossier. Ils réclamaient un report du jugement pour examiner la nouvelle donne. Le PDG d'Eurotunnel, Jacques Gounon, a fait sensation en annonçant hier dans Libération que l'exploitant du tunnel sous la Manche était « candidat » au rachat des navires de SeaFrance, pour les faire exploiter par la Scop. Les pouvoirs publics semblent déterminés à creuser cette option et à relancer les pistes privées.

Pour les deux ministres chargés des transports, Nathalie Kosciusko-Morizet et M. Mariani, le scénario d'une coopérative financée par les indemnités de licenciement, que la SNCF est prête à abonder de 36 millions d'euros de plus, reste « valable si les salariés le souhaitent ». Les ministres ont appelé à ce « que des discussions s'engagent dès aujourd'hui » autour de la relance d'une ligne transmanche sous pavillon français, « qu'elle soit opérée par LDA/DFDS ou la Scop associée à Eurotunnel ».

Selon son PDG, Eurotunnel a informé le 28 décembre et le 6 janvier les administrateurs judiciaires de SeaFrance de son intérêt pour une reprise de la majorité des actifs de la compagnie en cas de liquidation.

Le collectif des salariés non syndiqués de SeaFrance s'est dit prêt hier à examiner cette offre. Ce collectif avait souhaité la relance du projet LDA-DFDS. Les représentants de la Scop veulent tenter dans les «prochains jours» de monter un nouveau projet commun avec Eurotunnel, selon leur avocat, Me Barbouch. Avant l'entrée en scène d'Eurotunnel, moins de 250 des salariés se seraient dits prêts à investir dans la Scop, selon des sources proches du dossier, évoquant une « vraie défiance » vis-à-vis de la CFDT locale, cible d'un rapport cinglant de la Cour des comptes et critiquée au niveau national. Le patron de la confédération, François Chérèque, a jugé que la CFDT de SeaFrance n'avait pas « un comportement honorable », évoquant de probables exclusions.