SeaFrance : naufrage annoncé

Publié le 07/01/2012
Syndicats La Scop ne représenterait plus l'avenir de la société, d'autant que la CFDT locale porteuse du projet est attaquée par La Confédération nationale et la Cour des comptes
SeaFrance : naufrage annoncé
SeaFrance : naufrage annoncé
Syndicats La Scop ne représenterait plus l'avenir de la société, d'autant que la CFDT locale porteuse du projet est attaquée par La Confédération nationale et la Cour des comptes

© L'Est Républicain, Samedi le 07 Janvier 2012 / France-Monde 

Toujours l'incertitude... Photo AFP

LES CHANCES D'ÉVITER le naufrage de la compagnie SeaFrance semblaient très minces hier alors que les promoteurs de la coopérative ouvrière (Scop), isolés, ont ficelé et remis leur dossier au tribunal de commerce.

Seule l'offre alternative d'un collectif représentant une voix différente de celle de la CFDT SeaFrance, promotrice de la Scop, en voie de création par des salariés non-syndiqués, pourrait éviter la disparition de la compagnie de ferries.

Une source proche des pouvoirs publics soulignait la « vraie défiance » des salariés à l'égard des quatre porteurs de la Scop.

Selon elle, moins de 250 des 880 salariés de SeaFrance seraient en effet prêts à participer à leur projet.

Il manque 50 millions

La ministre de l'Ecologie et des Transports Nathalie Kosciusko-Morizet a dit attendre « le business plan de l'équipe qui doit porter la coopérative ouvrière ». Elle a réaffirmé l'offre du gouvernement dans le cadre contraint du droit européen qui interdit à l'Etat toute aide directe à la compagnie de ferries transmanche en perdition. Sa proposition pour éviter l'écueil bruxellois, prônée par le président Nicolas Sarkozy, prévoit d'utiliser des indemnités exceptionnelles de la SNCF aux salariés, après cessation définitive d'activité de sa filiale, pour financer la Scop. Dans un courrier adressé aux représentants de la Scop, la SNCF indique que, dans ce cas de figure, elle versera « une somme permettant aux salariés licenciés de SeaFrance de bénéficier d'un montant global d'environ 50 millions d'EUR», équivalant « en moyenne » à 60.000 EUR par salarié.

L'avocat de la Scop, Me Fouad Barbouch, a critiqué le fait que cette somme soit inférieure à « ce que proposait la SNCF il y a six mois ». Dans une note aux membres du comité d'entreprise de SeaFrance du 18 juillet 2011, la SNCF évaluait à 63.200 EUR « le coût moyen social » par personne du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE).

Il manque 50 millions d'EUR, à la Scop.

Les promoteurs de la Scop apparaissaient d'autant plus isolés qu'ils ont subi jeudi les foudres de la CFDT nationale.

La confédération les a accusés de porter « une lourde responsabilité », dans la situation de SeaFrance. Elle leur a reproché de n'avoir « pas voulu examiner d'autres projets dont ceux de LDA-DFDS », Louis-Dreyfus Armateurs et la compagnie danoise DFDS.

Le projet de Scop tout comme l'offre de LDA/DFDS avaient été refusés par le tribunal de commerce de Paris le 16 novembre. Le juge avait alors prononcé la liquidation de SeaFrance, avec poursuite de l'activité jusqu'au 28 janvier.

Les interrogations « sérieuses » de la Cour des comptes

La Cour des comptes, dans un rapport de 2009, relevait que la CFDT de SeaFrance monopolisait les recrutements, estimant que ce point soulevait « des interrogations sérieuses ». Dans son rapport, portant sur la période 2004 à 2007, avec une actualisation en 2008 pour la gestion, la Cour note que SeaFrance ne semble pas avoir une « véritable politique en matière de recrutement ».

Elle relève que pour les agents de service général (ADSG), les personnels de service, « le recrutement s'effectue largement par cooptation selon des critères peu transparents ». « Les recommandations familiales et surtout l'appui de la formation syndicale majoritaire entrent comme un facteur déterminant dans la sélection des candidats », ajoute la Cour, qui indique que ce point a « provoqué de nombreuses remarques au sein même de l'entreprise, faisant mention de personnes peu motivées et n'ayant souvent aucune qualification ».

Par ailleurs, les hauts magistrats observent que « l'absentéisme a augmenté sur la période bien plus vite que les effectifs de SeaFrance », avec une hausse du nombre de journées d'absence de 28 % entre 2004 et 2007. Celles-ci représentaient 39 journées d'absence par salarié pour l'année 2007.

Pour les promotions internes, le rapport note également que certains salariés de l'entreprise ont pointé « le monopole détenu par la CFDT en dénonçant des avantages exorbitants octroyés à ses délégués, comme la promotion de personnels arrivant en fin de carrière à des postes d'assistants officiers ne correspondant pas aux qualifications des intéressés ».

Les auteurs relèvent que « le président en fonction pendant la période sous revue a noué des relations privilégiées avec la CFDT, syndicat majoritaire, en vue d'apaiser le climat social dans l'entreprise », marqué par un « antagonisme fort entre les officiers majoritairement syndiqués CGT-CGC et le reste du personnel largement adhérent à la CFDT ».

Une réunion de « ceux qui suivent le dossier » devrait se tenir ce week-end, probablement demain dimanche, pour faire le point avant l'audience cruciale de lundi au tribunal de commerce de Paris.