Sernam en sursis

Publié le 28/03/2012
LE TRIBUNAL de commerce de Nanterre a accordé hier au transporteur Sernam, en redressement judiciaire, un sursis de deux semaines qui doit permettre à Geodis, seul candidat à la reprise, d'être fixé sur la position de Bruxelles à laquelle il conditionne son offre.
Sernam en sursis
Sernam en sursis
LE TRIBUNAL de commerce de Nanterre a accordé hier au transporteur Sernam, en redressement judiciaire, un sursis de deux semaines qui doit permettre à Geodis, seul candidat à la reprise, d'être fixé sur la position de Bruxelles à laquelle il conditionne son offre.

© L'Est Républicain, Mercredi le 28 Mars 2012 / France-Monde + Vosges Matin

 

Le tribunal a autorisé « la poursuite de l'activité » de Sernam et prolongé la période d'observation jusqu'à une nouvelle audience fixée au 10 avril « pour l'analyse du projet d'acquisition de Geodis ».

Le candidat repreneur, filiale de la SNCF, espère obtenir dans l'intervalle une réponse définitive de la Commission européenne sur l'épineuse question du recouvrement par l'État français de 642 millions d'euros d'aides illégales versées à Sernam.

Geodis propose la reprise partielle des activités de Sernam et d'environ la moitié de ses salariés (826 personnes sur 1.600). Mais il subordonne l'offre au fait de ne pas avoir à supporter le remboursement, exigé par Bruxelles, des aides illégales versées à Sernam avant et au moment de sa privatisation en 2005.

Reprise à conditions

Une condition réaffirmée hier par le PDG de Geodis, Pierre Blayau, soulignant qu'il souhaitait « une assurance expresse et définitive » de Bruxelles (...) «si possible dans le courant de la semaine prochaine ». Autre condition émise par M. Blayau : la reprise de Sernam doit, selon lui, « préserver autant que possible les intérêts de Geodis et que donc la trésorerie de Sernam soit suffisante pour financer une période de transition que nous estimons aujourd'hui nécessaire de 30 à 45 jours ».

Rien ne permet toutefois de préjuger de la décision définitive de Bruxelles dans ce dossier.

Selon une source proche du dossier, « les services techniques de la Commission européenne ont adressé lundi après-midi à la Sernam un avis dans lequel ils estiment qu'il y a bien ''discontinuité'' de l'entreprise », condition indispensable à une éventuelle concession de la part de l'exécutif européen. « Mais ils insistent sur le fait que cet avis n'engage en rien la Commission », a ajouté la même source.

Un refus de Bruxelles d'accéder à la demande de Geodis serait, à l'approche de l'élection présidentielle, synonyme d'une liquidation de Sernam explosive pour le gouvernement, qui s'est fortement impliqué dans ce dossier.

Nouvelle rencontre aujourd'hui

Les réunions se sont succédées ces derniers jours au ministère des Transports pour étudier le reclassement des salariés de Sernam, en cas de reprise partielle comme de liquidation.

Une nouvelle rencontre est prévue aujourd'hui à laquelle sont conviés l'actionnaire majoritaire de Sernam, le fonds d'investissement Butler Capital (BCP), et les organisations syndicales.

Plutôt discrets depuis le placement en redressement judiciaire de Sernam fin janvier, les salariés ont manifesté hier leur exaspération. Pour Gérard Dutreuilh, représentant de la CFDT (majoritaire), le délai accordé par le tribunal permet au PDG de Geodis de « continuer à piller » le chiffre d'affaires de Sernam. « C'est honteux, c'est un assassinat ! », a-t-il dit.

Jésus Garrido, représentant syndical FO, évoque un « sentiment mitigé » : « Cela nous rassure car il n'y pas de liquidation, mais la difficulté va être de maintenir le portefeuille de clients », dont un certain nombre a déjà été absorbé par Geodis, selon les syndicats.

Le PDG de Sernam, Philippe Chevalier, a quant à lui salué « l'exploit de maintenir l'activité dans un climat social responsable ».