Social bernard vivier : « L'idée réformiste gagne chez les syndicats »

Publié le 11/07/2010
Directeur de l'Institut du travail, Bernard Vivier ne rate aucun congrès syndical. Il évoque les dossiers sociaux et le paysage syndical français.
Social bernard vivier : « L'idée réformiste gagne chez les syndicats »
Social bernard vivier : « L'idée réformiste gagne chez les syndicats »
Directeur de l'Institut du travail, Bernard Vivier ne rate aucun congrès syndical. Il évoque les dossiers sociaux et le paysage syndical français.

 « Le syndicalisme est une forme civilisée pour bien canaliser, gérer, organiser les passions collectives dans notre pays. »  Photo RL


« Le syndicalisme est une forme civilisée pour bien canaliser, gérer, organiser les passions collectives dans notre pays. »  Photo RL


Comment expliquez le faible taux de syndicalisation en France ?

Bernard VIVIER : « A moins de 8 %, il est le plus bas qu’on ait connu en France. C’est trois fois moins qu’il ait 30 ans, à la fin des Trente Glorieuses. La fragmentation du paysage syndical avec la montée en puissance du syndicat catégoriel, poussé par des revendications liées aux métiers, est une explication. Et la récente loi sur la représentativité de 2008 va accentuer la tendance, en réduisant le nombre de confédérations pour faciliter l’expression syndicale dans les entreprises, dans les branches. C’est une loi faite pour consolider la CGT et la CFDT, écarter les autres : FO, CFTC et CGC. Les syndicats catégoriels s’en sortent plutôt pas mal. Ce texte risque d’épuiser le syndicalisme plutôt que de le revigorer. »


Mais pourquoi cette défiance ?
« Autre explication, l’absence de contrepartie à
la cotisation. En France, un syndiqué ne reçoit pas plus qu’un non syndiqué. L’action syndicale est généreuse en France. Le résultat de leur action collective profite à tous. Syndiqué ou pas, le résultat de l’action des syndicats s’applique à tous. C’est ce qui le différencie des autres, allemand, belge, etc. En Scandinavie, par exemple, où le taux dépasse les 85 %, vous ne bénéficiez d’un accord que si vous avez adhéré à un syndicat et si ce dernier a signé la convention collective. Du reste, dans les pays nordiques, la cotisation syndicale est prélevée sur les salaires ; il faut bien que l’employeur sache à qui il attribue la convention collective. »

Mais sont-ils moins puissants pour autant ?
« On a 8 % de salariés syndiqués en France, 25 % en moyenne en Europe. Ça ne veut pas dire qu’il est trois fois moins actif, moins puissant. Nous avons en France un syndicalisme qui porte une culture du combat, de la rupture, de l’antagonisme. De l’opposition et pas de la construction avec l’employeur. A la différence de l’Allemagne qui a légalisé les syndicats soixante ans avant nous. C’était en 1884 en France. »

Qu’en est-il du réformisme chez les syndicats ?
« L’idée réformiste gagne en France chez les syndicats. Prenez le dossier des retraites : même Bernard Thiebaut et ses cheminots CGT qui en 1995 avaient bloqué le pays pendant deux mois, estime aujourd’hui avoir plus à gagner en négociant qu’en s’opposant systématiquement. D’abord parce qu’il a moins de troupes, et que celles-ci ne suivent plus les mots d’ordre de rupture. Aujourd’hui sur les retraites, la mondialisation oblige à plus d’humilité. Et le caractère inéluctable de la réforme semble admis. »


Quel avenir pour les élections prud’homales ?
« Elles sont plombées ! C’est un grand dommage de les supprimer. C’est une élection qui permet à 18 millions de salariés de faire un choix, d’élire des juges qui travaillent, auxquels salariés et employeurs sont attachés. La juridiction prud’homale c’est 200 000 conflits de travail chaque année, avec la belle phase préalable de conciliation. Supprimer les élections prud’homales c’est ruiner la juridiction, c’est la conduire sur le chemin de l’étatisation avec des juges professionnels nommés par le ministère de
la Justice. C’est très dangereux. On éloigne cette juridiction populaire qui attire la confiance du monde du travail. »

Ira-t-on un jour en France vers un dialogue social apaisé ?
« On y viendra progressivement en développant la culture économique dans l’entreprise, ce que les Allemands ont fait depuis longtemps. En développant la compréhension des enjeux économiques, en diffusant l’information économique, on renforcera la confiance réciproque entre le chef d’entreprise et le syndicaliste. »


Propos recueillis par Bernard KRATZ.

Publié le 11/07/2010 Républicain lorrain-Région