SOCIETE ERICSSON - A Caen, les ingénieurs se révoltent

Publié le 07/03/2010
Le site doit prochainement fermer et son activité se délocaliser en Inde et au Texas.
SOCIETE ERICSSON - A Caen, les ingénieurs se révoltent
SOCIETE ERICSSON - A Caen, les ingénieurs se révoltent
Le site doit prochainement fermer et son activité se délocaliser en Inde et au Texas.

Dimanche 07 Mars 2010, © L'Est Républicain / FRANCE MONDE

Ils campent sur place depuis une semaine.

L'affiche fait désordre sur cette zone high-tech Effisciences de Colombelles, dans la banlieue de Caen : «on aux licenciements boursiers ». Dans le bâtiment de verre et d'acier qui abrite le centre de recherche et développement de la société ST-Ericsson, les salariés ont pris le pouvoir. Jour et nuit, ingénieurs et techniciens campent sur place. Les sacs de couchage sont dépliés à même le sol. Une grande table a été dressée dans l'entrée. On y casse-croûte sous l'œil des caméras de surveillance.La direction a déserté mais le site reste sous haute protection.
Impossible d'entrer sans badge. « Si nous laissions quelqu'un pénétrer ici, nous serions virés aussitôt », s'effraie Jean Le Tousey, élu CFDT. Virés... c'est pourtant bien la menace qui plane sur les 114 salariés de cette société de haute technologie, contrôlée pour moitié par le géant des semi-conducteurs ST Microelectronics et la société de téléphonie Ericsson. Le 4 juin 2009, ils ont appris le projet de fermeture du site, délocalisé à la fois à Bangalore, en Inde, et à Austin au Texas. « Pourtant, notre centre est rentable », s'insurge Patrick Le Maitre, ingénieur de conception. Rentable, peut-être, mais pas assez au goût des dirigeants. Ici, un personnel hautement diplômé conçoit des circuits intégrés dont la fabrication est assurée par des usines en Isère et à l'étranger.  Difficile d'être plus à la pointe de la technologie ! Dans cet univers feutré et calfeutré, on travaille sur les nanotechnologies et sur les radiofréquences pour la téléphonie mobile. Matière grise à tous les étages mais fermeture définitive programmée pour juin prochain.

Une région sinistrée

Martine Aubry est venue proclamer sa solidarité. Le Premier Ministre François Fillon, en tournée de soutien aux candidats UMP de Basse Normandie, a prêté une oreille attentive. Hier, les syndicalistes de ST-Ericsson étaient reçus par Christian Estrosi à Bercy. Car cette affaire est embarrassante pour l'Etat, actionnaire à 14% de ST Microelectronics, un groupe qui a touché plusieurs millions de subventions publiques au cours des dernières années. Certes, ST-Ericsson est en perte de 369 millions de dollars en 2009. Mais, dans ce grand mécano capitaliste, les salariés de Colombelles voient aussi « le milliard de dollars de dividendes versés aux actionnaires par Ericsson et ST Microelectronics.De quoi faire enrager ceux qui risquent d'être bientôt sacrifiés sur l'autel de la mondialisation et de l'hyper-rentabilité dans une région sinistrée où, affirment-ils, ils n'ont aucune chance de retrouver un emploi équivalent.
Reportage de Ludovic BASSAND