Suicide : le geste fort de France Télécom

Publié le 14/07/2010
Le nouveau directeur général de France Télécom, Stéphane Richard, a pris la décision symbolique de classer le suicide d'un salarié en accident du travail, en dépit de l'avis défavorable de l'Inspection générale des affaires sociales.
Suicide : le geste fort de France Télécom
Suicide : le geste fort de France Télécom
Le nouveau directeur général de France Télécom, Stéphane Richard, a pris la décision symbolique de classer le suicide d'un salarié en accident du travail, en dépit de l'avis défavorable de l'Inspection générale des affaires sociales.

Le nouveau directeur général de France Télécom, Stéphane Richard, marque le début de son mandat par une décision forte et hautement symbolique.  Photo AFP
Le nouveau directeur général de France Télécom, Stéphane Richard, marque le début de son mandat par une décision forte et hautement symbolique. Photo AFP

Stéphane Richard, à la tête du groupe France Télécom depuis mars, a considéré qu’«  il devait assumer un devoir d’assistance et de mémoire vis-à-vis des disparus, de leurs environnements familiaux et professionnels », a expliqué un porte-parole de France Télécom.

Cette décision est d’autant plus forte qu’elle va à l’encontre des avis formulés en mars par l'Inspection générale des affaires sociales (Igas), qui avait été saisie à la demande de l’entreprise sur une série de suicides, et en juin et début juillet par une « commission de réforme », composée de deux médecins, deux syndicalistes et deux membres de la direction.

Le directeur général a tranché définitivement. Le salarié concerné n’ayant pas de descendants, ce classement en accident de service ne donne pas lieu au versement d’une rente par l’Etat, comme ses éventuels descendants auraient pu y prétendre.

Il y a un an exactement, dans la nuit du 13 au 14 juillet 2009, Michel D., cadre architecte réseau à Marseille de 51 ans, se suicidait à son domicile, en mettant en cause dans une lettre sa «  surcharge de travail » et un «  management par la terreur ».

Le geste de ce fonctionnaire n’était pas le premier, mais il avait mis sur le devant de la scène le malaise d’une partie des salariés face aux méthodes de management et aux nombreuses réorganisations, obligeant le gouvernement à réagir et la direction à prendre une série de mesures dont le remplacement du PDG Didier Lombard par Stéphane Richard.

Direction et syndicats ont dénombré 35 suicides de salariés, certains sur le lieu de travail, en 2008 et 2009, et les syndicats font état de 17 suicides depuis début 2010.

Mardi matin, des collègues de Michel D. (dont les syndicats demandent de taire le nom) se sont rassemblés pour commémorer l’anniversaire de sa disparition. Le directeur de son unité a lu un message de Richard annonçant cette reconnaissance en accident de service (l’équivalent d’un accident du travail dans la Fonction publique), c’est-à-dire d’un lien avec le travail.

« Mesure d’apaisement »

«  Michel avait raison, il y avait quelque chose d’anormal à France Télécom », a confié Denis Capdevielle, représentant CGT de son unité. «  Cela va permettre au personnel de repartir sur de bonnes bases et non sur un déni de la direction », a-t-il ajouté.

Alors que les syndicats réclamaient avec insistance cette reconnaissance, tous ont salué la décision tout en restant prudents sur l’avenir, réclamant des changements concrets.

Le geste de Stéphane Richard est «  extrêmement symbolique » d’après Sud, «  très politique » selon la CFDT, pour laquelle «  cela crédibilise sa démarche » de «  remettre l’humain au cœur » de l’entreprise, comme il l’a proclamé le 5 juillet. «  C’est une mesure d’apaisement et de reconstruction », estime la CFE-CGC/Unsa, qui se demande cependant «  comment réexaminer les suicides de l’ère Lombard » (2005-2010).

Les syndicats soulignent «  l’ambiguïté » de la procédure de reconnaissance des accidents de service pour les fonctionnaires de France Telecom (65 % des quelque 100 000 salariés), pour lesquels l’entreprise décide. Pour les salariés de droit privé, c’est l’assurance maladie qui tranche en toute indépendance.

 

 

Publié le 14/07/2010