Surveillance illégale : Ikea pris la main dans le fichier

Publié le 01/03/2012
Ikea France a lancé une enquête après des accusations de surveillance illégale de son personnel et de clients. Des avocats de salariés promettent de leur côté de déposer plainte.
Surveillance illégale : Ikea pris la main dans le fichier
Surveillance illégale : Ikea pris la main dans le fichier
Ikea France a lancé une enquête après des accusations de surveillance illégale de son personnel et de clients. Des avocats de salariés promettent de leur côté de déposer plainte.

© Le Républicain Lorrain, Jeudi le 01 Mars 2012 / IG /

 

 

La « direction risque » d'Ikea France aurait passé un accord en 2003 avec des enquêteurs privés qui lui fournissaientdes informations concernant des salariés avant embauche ou des syndicalistes. Photo AFP

Ikea France a mis hier « en disponibilité » un de ses salariés après les accusations de surveillance illégale de son personnel et de clients émises par Le Canard Enchaîné. La « direction risque » d'Ikea France aurait passé un accord en 2003 avec des enquêteurs privés qui lui fournissaient des informations issues du fichier policier Stic, de celui des cartes grises ou des permis de conduire, concernant des salariés avant embauche, des syndicalistes, voire des clients en cas de différend commercial.

L'hebdomadaire égrène différents exemples de demandes de renseignements entre 2007 et 2009 auprès de ces enquêteurs privés pour qu'ils fournissent les antécédents judiciaires ou policiers de salariés ou de clients.

Ikea a également obtenu de ces enquêteurs des données sur les comptes bancaires d'un salarié en 2003 ou des informations sur le contenu d'une enquête judiciaire sur des pressions syndicales menée en 2005, selon des courriels publiés par Mediapart.

Le groupe a réagi en annonçant qu'il lançait une enquête et mettait en disponibilité la « personne concernée » sans la nommer, Le Canard Enchaîné mentionnant le nom du directeur de la gestion du risque chez Ikea France.

« Nous prenons la parution de ces accusations très au sérieux. Nous avons lancé une enquête avec l'aide de conseillers indépendants pour obtenir la vision la plus complète de ce qu'il s'est passé dans les faits », indique Ikea France. « Par respect de la présomption d'innocence, la personne concernée est mise en disponibilité durant ces investigations », indique le groupe dans un communiqué. « Le respect de la vie privée des personnes compte parmi les valeurs les plus fortes du groupe et nous désapprouvons vigoureusement toute pratique portant atteinte à cette valeur », affirme Ikea.

« On avait des doutes »

De son côté, l'un des avocats de salariés d'Ikea France, Me Yassine Yakouti, a assuré qu'une plainte serait déposée auprès du parquet de Versailles, le siège social de l'entreprise étant situé dans les Yvelines. Me Yakouti a dit « souhaiter que la justice puisse enquêter sur ces soupçons latents de salariés confortés par l'article du Canard enchaîné ». Aucun délégué syndical contacté n'a confirmé avoir eu des preuves de ces agissements supposés. « Il y avait des doutes », a indiqué Salvatore Rinaldo, délégué central CFDT. « On n'avait pas de preuves, seulement un témoignage selon lequel il fallait mettre tous les faits et gestes des salariés sur une clé USB », a-t-il ajouté. Le témoin, une employée de Rouen, « a refusé de rentrer dans le système et a été licencié », selon lui.

« Tout cela n'a pas l'air complètement infondé. Mais j'attends d'avoir des éclaircissements de la direction », a dit un autre responsable syndical.

De son côté le ministère de l'Intérieur a dit attendre l'ouverture d'une enquête judiciaire pour envisager d'éventuelles suites disciplinaires. « Tant que nous n'avons pas les éléments, nous restons extrêmement prudents », a commenté le ministère. « L'enquête judiciaire devra déterminer si des fichiers comme celui du Stic, des immatriculations ou des permis de conduire ont été interrogés de manière illicite. »