Syndicats : l'union et l'après

Publié le 19/10/2010
CGT et CFDT nourrissent des raisons différentes pour se rapprocher dans le front anti-réforme des retraites. Mais elles voient déjà plus loin.
Syndicats : l'union et l'après
Syndicats : l'union et l'après
CGT et CFDT nourrissent des raisons différentes pour se rapprocher dans le front anti-réforme des retraites. Mais elles voient déjà plus loin.

L'Est Républicain, Mardi le 19 Octobre 2010 / Ouverture France-Monde

 

LE FRONT anti-retraites aurait-il permis un rapprochement durable ? La réponse, encore incertaine, agite les membres du gouvernement qui scrutent d'un oeil attentif le mur syndical cimenté derrière CGT et CFDT, les deux principales organisations syndicales. Conscients que l'esquisse de lézardes pourrait constituer un préalable au ralentissement du mouvement de colère. De fait, force est de constater que l'attitude des deux confédérations cousines, parfois concurrentes dans les entreprises lorsqu'il s'agit d'attirer les adhérents anti-patronat, s'est tournée vers une sage collaboration, sans véritable faux pas sur ce dossier sensible.

Main dans la main (avec les chefs de file des autres syndicats) en tête des cortèges, Bernard Thibault et François Chérèque auraient entériné l'idylle lors de leurs congrès nationaux où l'un et l'autre ont été invités d'honneur, ou pas loin, à Nantes l'hiver dernier, à Tours au printemps 2010.

Les deux hommes nourrissent des motivations différentes, mais une obligation de recentrage. La CFDT traîne comme un boulet le reproche de l'approbation en 2003 de la réforme des retraites de François Fillon sur la base de concessions aux carrières longues. La réforme 2010 lui offre sur un plateau l'opportunité d'un durcissement à l'égard du gouvernement. A la CGT, l'obligation de réforme interne souhaitée par son leader s'ajoute à la volonté de ne pas laisser phagocyter le mouvement par les franges à gauche, afin de conserver une crédibilité à long terme.

« Inconcevable de dire stop »

La conjugaison simultanée des deux contextes aurait donc nourri le terreau du germe d'une union syndicale affichée, quitte à irriter les radicaux des deux camps. Pas si simple, d'aucuns ayant déjà relevé que les deux leaders ont défilé séparément samedi dernier à Paris. À moins que chacun ne prépare déjà sa stratégie d'après vote au Sénat, s'il intervient cette semaine. La CFDT se repositionnant déjà en amont, cependant que Bernard Thibault se rapprocherait d'une position plus vindicative, considérant que « dire stop du jour au lendemain » ne serait « pas concevable ». Malgré une volonté de réforme, difficile, il est vrai, de faire abstraction des mouvements reconductibles souvent impulsés par la base, qu'il s'agisse des cheminots ou des routiers qui ont donné à la colère sociale une ampleur nouvelle, dépassant l'impact des cortèges Bastille-Nation qu'on ressasse à l'infini.

Certains y voient déjà une forme d'acceptation du non-recul de Nicolas Sarkozy sur les bornes d'âge des 60-62 ans et 65-67 ans. Une « autre configuration » dixit Marcel Grignard n°2 de la CFDT, serait déjà en réflexion pour éviter la radicalisation et la crainte de l'impopularité auprès de l'opinion publique. À ce jour, elle constitue le principal atout des deux syndicats.

Antoine PETRY