Syndicats : la réforme sur la représentativité pousse à la surenchère

Publié le 08/09/2010
« Unité de façade » très ponctuelle
Syndicats : la réforme sur la représentativité pousse à la surenchère
Syndicats : la réforme sur la représentativité pousse à la surenchère
« Unité de façade » très ponctuelle

L'Est Républicain, Mercredi le 08 Septembre 2010 / France-Monde

 

Interview Dominique Andolfatto, vous êtes maître de conférences et chercheur à Nancy 2, spécialiste des syndicats, comment analysez-vous la mobilisation de ce mardi ?

En France, à la différence d'autres pays, comme le Canada par exemple, il n'existe pas d'indicateurs précis et incontestables pour évaluer l'importance des mobilisations. C'est autour de... Pour Marseille par exemple, on donne entre 27 000 et 200 000 manifestants...

Les syndicats ont-ils encore des capacités à mobiliser ?

Aujourd'hui, elles sont assez faibles, hormis dans les fonctions publiques et les entreprises semi-publiques. Peu de salariés du privé sont descendus dans la rue. Mobiliser le privé est un défi que les syndicats ne parviennent pas à relever. Les grandes entreprises ne sont plus la règle, et les syndicats sont peu présents dans les petites. La réforme s'annonce pourtant comme une des plus dures d'Europe avec l'Allemagne.

Les syndicats peuvent-ils être débordés par une base incontrôlée ? Craignez-vous une explosion ?

Je ne crois pas à une grande explosion générale, comme on l'annonce à chaque rentrée sociale. Se produisent plutôt des micro-explosions dans des contextes particuliers comme la fermeture d'usines. En fait, dans la démocratie française qui est relativement pacifiée, deux légitimités s'affrontent, celle des syndicats et celles des politiques. C'est le législateur qui fait la loi. La mobilisation syndicale est un fait social qu'il ne faut pas balayer d'un revers de la main mais la question qu'il faut se poser c'est pour faire quoi ? Il y a deux ans, près de 3 millions de personnes ont manifesté pour le pouvoir d'achat, cela n'a abouti à rien de concret. On assiste en outre à une concurrence entre syndicats en raison de la réforme de 2008 sur la représentativité qui parasite la réforme des retraites.

D'où une surenchère ?

En effet. Le discours syndical était devenu moins radical, mais la modération de la CFDT n'a pas été payée de retour, la CGT avait elle aussi évolué. Chérèque et Thibault se surveillent mutuellement. On va vers un G2 syndical ou quasiment. La représentativité va être mesurée désormais dans les entreprises, la première agrégation statistique doit sortir en 2013. Seuls les syndicats franchissant les 10 % seront jugés représentatifs. D'où le besoin de montrer ses muscles aujourd'hui.

Propos recueillis

par Philippe RIVET