Téléphonie mobile : La Poste sur les rangs

Publié le 10/03/2010
Pour faire face à la chute de son activité historique - le courrier - La Poste envisage de revenir à ses premières amours avec la téléphonie mobile. Le lancement serait prévu au cours du premier semestre 2011.
Téléphonie mobile : La Poste sur les rangs
Téléphonie mobile : La Poste sur les rangs
Pour faire face à la chute de son activité historique - le courrier - La Poste envisage de revenir à ses premières amours avec la téléphonie mobile. Le lancement serait prévu au cours du premier semestre 2011.

© Le Républicain Lorrain, Mercredi le 10 Mars 2010 / IG /

 
Dix jours après être devenue une société anonyme à capitaux publics, La Poste pourrait décider demain de renouer avec l'un de ses métiers historiques, les télécoms, en se lançant dans le mobile, un secteur concurrentiel où d'autres avant elle se sont cassés les dents.

Le projet « est inscrit à l'ordre du jour du conseil d'administration du 11 mars » (jour de publication des résultats annuels), a précisé une porte-parole du groupe. En cas de feu vert des administrateurs, La Poste lancera une consultation pour trouver un partenaire d'ici septembre et lancer sa marque au premier semestre 2011. L'idée est de « ne pas y aller tout seul, mais de faire appel au marché et de s'associer à un autre opérateur », selon une source proche du dossier.

La Poste pourrait devenir opérateur mobile virtuel (MVNO) en louant le réseau d'Orange (France Télécom), SFR, Bouygues Telecom, voire Free, désigné 4e opérateur. Elle pourrait aussi choisir une licence de marque, simple accord entre un opérateur et une entreprise pour lancer une offre sous le nom de cette dernière.

En visant 1,5 à 2 millions de clients en trois à quatre ans, La Poste se fixe un objectif ambitieux alors que la dizaine de MVNO en place ne comptait, fin 2009, que 3,5 millions de clients, soit 5,93 % du parc, dont la moitié (1,7 million) chez Virgin Mobile.

« Nous sommes prêts à les aider, nous pouvons héberger une nouvelle marque », a réagi Geoffroy Roux de Bézieux, patron de Virgin Mobile.

Même si La Poste jouit d'une forte image de marque, cela ne garantit pas le succès : TF1 a stoppé l'aventure début 2007, moins d'un an après son lancement. « Pour être opérateur mobile virtuel, il ne suffit pas d'avoir une marque, il faut des équipes de marketing, d'achats de terminaux, un système informatique », témoigne Geoffroy Roux de Bézieux. Mais La Poste « a une légitimité à le faire, indiscutablement » car « elle a un réseau de distribution, une clientèle, une marque », estime-t-il. « C'est peut-être plus légitime de distribuer de la téléphonie que de vendre des ours en peluche dans nos boutiques », admet Yves Renaud, secrétaire fédéral de la fédération CFDT Postes. Surtout que La société a déjà une expérience dans les télécoms : outre l'administration commune des PTT (postes, télégraphes et téléphones) qui regroupait les activités de courrier et de télécoms, disparue il y a 20 ans. Le groupe public vend dans ses 17 000 points de contact des cartes et packs prépayés d'opérateurs. Ces ventes ont atteint 120 millions d'euros en 2009. « Chaque année 500 000 clients viennent à La Poste pour acheter de la téléphonie mobile, il y a une base de clientèle, des habitudes », explique une porte-parole de La Poste.

« Le courrier est en perdition »

Le groupe cherche à se diversifier alors que les volumes de courrier - son activité historique, plus de la moitié de ses revenus - sont en chute libre : d'ici 2015, ils devraient fondre de 30 %. Les facteurs français relèvent déjà les compteurs de gaz, portent des médicaments ou veillent au bien-être des personnes âgées.

La Poste française peut s'appuyer sur l'exemple encourageant de son homologue italien. Lancé en 2007, son opérateur Poste Mobile compte 1,3 million de clients. En variant ses activités, Poste Italiane ne tire plus qu'un tiers de son chiffre d'affaires du courrier contre près de 70 % en 1998.

« Si cela peut protéger des emplois, pourquoi pas [...], mais cela ne doit pas se faire au détriment de l'emploi chez d'autres opérateurs », note Jean-Luc Jacques, président national CFTC La Poste. « On sait bien que le courrier est en déperdition », reconnaît Yves Renaud (CFDT), même si « l'ironie de l'histoire, c'est qu'on reconstitue des PTT ».