Thibault : « Au gouvernement de trouver la solution »

Publié le 06/09/2010
Combien faudra-t-il encore de manifestations pour faire plier le gouvernement ?
Thibault : « Au gouvernement de trouver la solution »
Thibault : « Au gouvernement de trouver la solution »
Combien faudra-t-il encore de manifestations pour faire plier le gouvernement ?

Le Républicain Lorrain, Lundi le 06 Septembre 2010 / Région /

 

Bernard THIBAULT : « Il y a eu des manifs en mai, en juin... Jusqu'à présent, et je pense que la journée de mardi va le confirmer très largement, chaque mobilisation est plus forte que la précédente. Le chef de l'Etat nous contraint à ce rendez-vous avec un calendrier conçu pour essayer de contenir la contestation sociale, en pensant que la proximité des congés allait empêcher toute réaction importante : une annonce officielle le 20 juin, et il y a eu plusieurs millions de personnes dans la rue le 24, puis un conseil des ministres le 13 juillet, ce qui n'est pas très courageux pour une réforme dite emblématique...

Le gouvernement n'est pas dans un grand confort : il ne reprend plus d'ailleurs sa campagne selon laquelle une majorité de Français comprendrait sa réforme. Les initiatives syndicales reçoivent de plus en plus de soutien, et ça nous permettra si nécessaire d'en organiser d'autres si on nous y oblige. »

De toute façon, l'intersyndicale se retrouve mercredi.

« On l'a annoncé. C'est un signe pour le gouvernement ; on peut penser qu'il infléchira ses positions, mais si ça n'était pas le cas, qu'il sache qu'on envisagera rapidement les suites. C'est aussi un message aux salariés, leur permettant de vérifier que les syndicats ont bien l'intention de poursuive ce combat avec eux et que le 7 est tout sauf une journée exutoire. »

Pourquoi ne pas exiger, comme le demande Force Ouvrière, le retrait pur et simple du projet ?

« FO, depuis de longs mois, cherche à se singulariser dans le message. Cette polémique que voudrait installer Jean-Claude Mailly entre nous n'a pas grand sens, puisque c'est au gouvernement de répondre : un retrait, une réécriture totale de son texte, un report de sa session parlementaire... C'est à lui de trouver la solution. Pour nous, l'important est de bien monter une opposition très large au contenu de la réforme actuel. »

Ne craignez-vous pas que la mobilisation contre le seul projet de réforme des retraites ne finisse par masquer les autres difficultés sociales de la rentrée ?

« Non. Les questions de l'emploi et du pouvoir d'achat sont très présentes et recoupent le débat sur les retraites. Un exemple : nous considérons tous qu'il est aberrant de prétendre reculer l'âge de départ à la retraite de ceux qui sont au travail dans un pays qui continue d'avoir un taux de chômage aussi important. Le recul de deux ans de l'âge de départ bouche un million d'emplois pour les jeunes, des emplois qui continueraient d'être occupés par ceux à qui l'on demanderait de rester au travail.

Et l'on voit bien la corrélation entre niveau d'emploi et mécanismes de financement des retraites. Nous reconnaissons bien sûr que la population des plus de 60 ans va s'accroître. Soit on travaille sur la question de savoir comment avoir des moyens plus importants pour subvenir aux retraites d'une population qui augmente ; soit, comme le fait le gouvernement, on raisonne par des économies sur les retraites à verser. Et sur le pouvoir d'achat, nous expliquons que chaque fois qu'on augmente les salaires, on augmente aussi l'assiette des ressources pour financer les retraites. »

Opéré à l'occasion de ce mouvement, le rapprochement entre CGT et CFDT, notamment, traduit-il une réorientation de votre organisation ?

« Non ! Sur le dossier des retraites, vous savez bien qu'il n'y a pas toujours eu unanimité syndicale sur la conduite à tenir. La séquence de 2003 a suffisamment marqué... Aujourd'hui, chacun des syndicats a ses propositions ; ça n'est pas gênant. La nouveauté, c'est l'unanimité des syndicats pour contester cette réforme. Nous sommes huit syndicats en capacité de livrer un message commun, même si ça ne masque pas leurs différences. Je préfère ça à une situation où les syndicats sont systématiquement dispersés. C'est un élément de mobilisation supplémentaire pour les salariés, dont beaucoup se disent : ' Si tous les syndicats disent que c'est grave, ça doit bien correspondre à quelque chose. ' L'unité syndicale est un facteur d'efficacité. »

Propos recueillis par Bernard MAILLARD.