Thibault, la tradition moderne

Publié le 24/01/2012
Syndicalisme : après en avoir dépoussiéré l'image, il semble préparer sa succession à la tête de la CGT
Thibault, la tradition moderne
Thibault, la tradition moderne
Syndicalisme : après en avoir dépoussiéré l'image, il semble préparer sa succession à la tête de la CGT

© L'Est Républicain, Mardi le 24 Janvier 2012 / France-Monde

 

Bernard Thibault, 53 ans , s'apprête à tourner la page. Photo Alexandre MARCHI

« Y A QU'À FAIRE LA GRÈVE... » Qu'il ait réussi à faire oublier le message que les humoristes accolaient systématiquement à la marionnette de son prédécesseur (Henri Krasucki) trace le fil du parcours accompli depuis 1999 par Bernard Thibault, 53 ans. Selon différentes sources, le leader de la CGT devrait annoncer officiellement aujourd'hui son intention de quitter la tête de la confédération dans les prochains mois.

Si l'intéressé a rappelé aux micros tendus hier que son mandat « court jusqu'en 2013 », l'horizon cégétiste s'oriente vers de nouveaux visages, après une douzaine d'années où cet homme secret à la coupe de cheveux inhabituelle pour une figure syndicale de ce rang, aura su imposer sa griffe dans l'univers cégétiste. Ce qui n'est pas une mince affaire dans un mouvement où le conservatisme le plus effréné voisine en interne avec l'ambition d'une lutte progressiste.

Moins de bras-de-fer aveugle, davantage de négociation. Moins campée sur sa gauche, ouverte aux compromis : si l'impulsion des dernières années ne rejoint pas l'ouverture d'esprit d'une CFDT parfois raillée pour sa complaisance à l'égard du pouvoir, la CGT a-t-elle au moins quitté le réflexe de « grévitude », s'accordent à reconnaître les observateurs, citant cet aspect comme un petit exploit à ranger à l'actif de Bernard Thibault.

Tiraillée par ses extrêmes

Même grignotée par ses extrêmes, exilés chez Sud, et caressée par la tentation de modernisation, la CGT est restée sous son règne leader incontesté de la contestation sociale en France.

Tout un symbole des sentiments antagonistes qui poussent à la CGT, le syndicat hésite aujourd'hui entre deux profils révélateurs. Celui de la tradition, avec Nadine Prigent, membre du bureau confédéral, porteuse d'une ligne « traditionnelle », et Eric Aubin, le secrétaire national en charge du dossier des retraites, mis en avant lors des grèves de l'année 2010. La perspective de la nouvelle mandature présidentielle en mai aurait convaincu Bernard Thibault de tourner la page.

Pour l'ancien syndicaliste promu à la notoriété dans la vague des manifestations anti-Juppé en 1995, l'heure n'est pas encore venue de se livrer aux confidences médiatiques, malgré la lassitude qu'on lui prête face à la grogne interne. Pas son genre il est vrai dans un organe où les réflexes liés à l'appareil pèsent toujours lourd. Selon LeMonde.fr, le patron de la CGT pourrait confirmer son désir de ne pas se représenter lors du prochain congrès de Toulouse. D'ici là, le protocole CGT- commission exécutive aujourd'hui, comité confédéral début février, congrès en mars... -- aura avalisé le processus du renouvellement des générations.

Antoine PETRY