Thibault réélu facilement

Publié le 12/12/2009
Au congrès de la CGT réunis à Nantes, le secrétaire général a récolté 88 % des voix, mais les opposants sont en embuscade.
Thibault réélu facilement
Thibault réélu facilement
Au congrès de la CGT réunis à Nantes, le secrétaire général a récolté 88 % des voix, mais les opposants sont en embuscade.

Samedi 12 décembre 2009, © L'Est Républicain / FRANCE

Bernard Thibault à l'heure de la fête.
Bernard Thibault, réélu haut la main hier secrétaire général de la CGT, a consolidé son assise lors du 49e congrès sans se montrer totalement maître du jeu, bousculé qu'il a été par l'impatience d'une partie de ses troupes en quête d'un syndicat plus offensif.
A la tête de la CGT depuis dix ans, l'ex-patron des cheminots, bientôt 51 ans, entame un quatrième mandat avec une direction confédérale très largement remaniée et à sa main : cinq des sept autres membres du bureau confédéral sont de nouveaux venus, de même que la moitié des 54 de la commission exécutive, dont Bernard Thibault entend faire plus que jamais le gouvernement de la centrale syndicale.
« Des doutes », « des interrogations » habitent toutefois l'esprit des militants. Comme pour rassurer, le numéro un de la CGT s'est essayé à les dissiper dès le premier jour du congrès en affirmant qu'il n'était « pas affecté de sarkozysme aigu ». Dans le même esprit, il a assuré que la réforme des retraites en 2010 serait « le marqueur de la volonté de résistance des salariés », sans réellement convaincre à en juger par la vigueur des délégués à refuser tout nouveau recul en la matière. Sur cette question comme sur d'autres, « le congrès va se dénouer sur le terrain », a estimé Raymond Vacheron, responsable CGT en Haute-Loire.

Rancœur et frustrations 

Profitant de ce climat d'incertitude, de nombreux délégués ont exprimé en termes vifs rancœur ou frustrations, notamment sur la conduite des mouvements sociaux du premier semestre 2009 et l'absence de coordination des luttes d'entreprises.
« Il y a quand même un problème avec la base », pointait un délégué de l'Oise, la cinquantaine, tout en prenant ses distances avec la frange radicale.
Celle-ci a été aidée par la difficulté de la direction à dessiner des perspectives au « syndicalisme rassemblé » qui lui est cher, c'est-à-dire l'unité intersyndicale, aujourd'hui en panne.
Sur la défensive, la direction a multiplié les concessions et réécritures de textes. Selon le secrétaire général lui-même, « plus de 30 % des amendements » déposés ont été pris en compte. Du jamais vu, selon les experts. La preuve aussi, ajoutent-ils, que la démocratie s'est installée dans la CGT.

Manque de respect

Il n'empêche, son bilan et sa stratégie de compromis dynamiques (mobilisation-action-négociation) ont été validés par 80 % des délégués en moyenne, en léger recul seulement sur le précédent congrès. M. Thibault lui-même a été réélu avec 88 % des voix.
Mais la direction n'est parvenue à reprendre la main sur le congrès qu'à la veille de sa clôture, faisant monter au créneau ses partisans.
Il aura fallu pour cela « l'épisode Chérèque » : devant « le manque de respect » d'« une minorité agissante », Bernard Thibault a été contraint de demander à son homologue de la CFDT d'annuler sa venue prévue à Nantes.
Un incident à mettre au débit des relations CGT-CFDT, « constitutives du syndicalisme français » selon François Chérèque mais regardées avec suspicion par la base cégétiste qui ne veut pas d'une « CGT allégée » et garde en mémoire la position de la CFDT sur les retraites en 2003.