Thibault tente le grand écart

Publié le 08/12/2009
Au congrès national de la CGT, le leader se défend de « sarkozysme aigu » et donne des gages de rénovation. Mais la fronde déborde des coulisses de Nantes.
Thibault tente le grand écart
Thibault tente le grand écart
Au congrès national de la CGT, le leader se défend de « sarkozysme aigu » et donne des gages de rénovation. Mais la fronde déborde des coulisses de Nantes.
Bernard Thibault est bousculé à Nantes par le sourd grondement des militants. 
Dans les larges allées vitrées qui mènent au hall central du Parc des Expositions de la Beaujoire, elle a quitté les débats, l'esprit écartelé par un dilemme aussi vif que son tempérament. Tout le symbole d'un syndicat tiraillé entre son idéal de combat et son ambition (affichée) d'une obligatoire (r)évolution. 1 h 45 de discours (!) de Bernard Thibault, n'ont pas réglé le problème à ses yeux. « A titre personnel, je suis déçue », vitupère Virginie Mazeries, jeune déléguée CGT chez GDF-Suez à Toulouse. « Tout ça, c'est beaucoup de belles paroles. Mais à l'arrivée, pas d'acte, rien... », tranche-t-elle, définitive. « On nous dit qu'on doit laisser place à la jeunesse, mais chacun campe sur ses petits acquis, ses petits privilèges. Je n'ai pas adhéré pour qu'on discute avec le gouvernement. Je me suis engagée pour la lutte. Et pourtant, même si je ne trouve pas mon compte dans ce qui a été dit, il faudra que je vote... »
S'il en était besoin, le propos résume l'ambiguïté du rendez-vous. Au 49 e congrès national de la CGT organisé depuis hier à Nantes, les prises de parole se succéderont à la tribune jusqu'à vendredi, selon un rythme défini de manière strictement protocolaire.

Le décalage privé-public 

Tout a été calé en amont dans les moindres détails, de la « durée du déjeuner » mentionnée dans les horaires du « règlement final du congrès », en passant par les « modalités » ou la « durée des interventions ». Bousculé par le sourd grondement des troupes, Bernard Thibault illustre dans sa posture toute la difficulté du grand écart aux portes de son probable quatrième et dernier mandat. La posture d'un mouvement partagé entre son incontestable position de leader sur le front syndical français, et le devoir de répondre à sa faible influence dans les entreprises privées. Présente dans les administrations, la CGT la joue en pointillés dans les PME, jusqu'à être, souvent, totalement absente. La faute au « frein objectif de la discrimination » suggère le leader, cependant que percent les critiques d'un organe dévoyé en monstre technocratique isolé dans la tour d'ivoire de son siège, éloigné de la réalité par la structure même de sa forme de commandement (notre édition de dimanche). 

« Gagner moins pour sauver son boulot » 

Lui, en tout cas, repart au combat, agacé de la suspicion latente de connivence avec Nicolas Sarkozy. Formulée en sourdine d'abord, la critique est maintenant explicite, ici où là, illustrée par quelques sifflets des troupes à l'adresse de la CFDT. La fronde de Xavier Mathieu, le leader de Continental Clairoix l'accusant d'être « tout juste bon à frayer avec le gouvernement » l'invite à rappeler qu'il n'est « pas affecté de sarkozysme aigu », dit-il frappant au pilori les différents chapitres de l'action du chef de l'État. Il commence par le « mouvement général de mise au pas de la justice » et conclut par la perspective de chaudes luttes, en 2010, sur le dossier des retraites. « Au travailler plus pour gagner plus a succédé le gagner moins pour sauver son boulot », dénonce le numéro un de la CGT. « Il veut faire de la retraite un marqueur de l'action du gouvernement, nous en ferons un marqueur du degré de résistance de la population ». Attaques encore plus vives de Jean-Pierre Delannoy parlant de « dix années d'échec sur tous les dossiers » pour justifier sa candidature en marge des statuts de la CGT. Bernard Thibault s'appuie sur le nécessaire « respect des règles statutaires » pour renvoyer à plus loin. Encore contenu, le vif du débat s'étendra-t-il au-delà des coulisses de Nantes ?

Mardi 08 décembre 2009, © L'Est Républicain / FRANCE