Transports urbains sous tension

Publié le 03/05/2010
En première ligne lorsqu'ils circulent dans des quartiers sous haute tension, les chauffeurs de bus réclament plus que des caméras vidéos : une présence humaine.
Transports urbains sous tension
Transports urbains sous tension
En première ligne lorsqu'ils circulent dans des quartiers sous haute tension, les chauffeurs de bus réclament plus que des caméras vidéos : une présence humaine.

Lundi 03 Mai 2010, © Vosges Matin / FRANCE

Insultes, crachats, voire caillassages de bus : tel est le quotidien de nombre d'agents des transports urbains. Alors que les agressions ont redoublé ces dernières semaines, salariés et syndicats réclament des moyens humains et pas seulement le tout vidéosurveillance. Les actes de vandalisme contre des bus se sont multipliés en avril en Ile-de-France : à Tremblay, Sevran, Viry-Châtillon, Moissy-Cramayel... En province, les agents ont exercé leur droit de retrait après des agressions de conducteurs ou contrôleurs, comme à Nîmes, Orléans, Nice et Montpellier. Même à Dijon Jean-Luc Frizot, directeur de la société de transports de cette dernière agglomération, a souligné une augmentation des agressions, actes de vandalisme et incivilités de 46 % au cours du premier trimestre 2010 par rapport à il y a un an, un acte sur cinq concernant des atteintes aux agents. Au plan national, l'Union des transports publics et ferroviaires publiera en juin ses chiffres sur la sécurité pour 2009. En 2008, elle avait recensé 740 agressions de salariés suivies d'arrêt de travail (-1,7 % en un an). Mais les autres indicateurs (incivilités, atteintes aux voyageurs, vandalisme...) étaient à la hausse. Les syndicats s'inquiètent des données pour le 1 er trimestre 2010. Même dans des villes a priori calmes comme Dijon, Joaquim Bispo (FO) rapporte ' des caillassages de bus dans le centre-ville '. Lui-même conducteur en ayant subi, il dit 'mal le vivre... surtout quand c'est du parpaing et que le poste de conduite est visé '. 'Les transports en commun représentent l'État, l'ordre public et sont pour cette raison pris pour cible. D'autant que nous allons dans des zones où plus personne ne veut aller' , explique Richard Jaubert (CGT). Le regain des agressions est interprété différemment, la CFTC pensant à des représailles après des arrestations de trafiquants de drogue, la CGT faisant le lien avec les débats sur l'identité nationale et la burqa qui 'exacerbent les tensions' , et FO avec la baisse des effectifs policiers. Sud et CFDT soulignent aussi les effets de la crise économique et le désespoir dans des quartiers. Usagers excédés Face aux voyageurs, les conducteurs sont en première ligne, souvent seuls dans leur cabine de bus, tramway ou métro. Ils sont quelque 28 000 dans les 160 entreprises de transport urbain (hors RATP), dont 15 % de femmes. Chez les poids lourds du secteur - Keolis, Veolia Transport bientôt fusionné avec Transdev - la plupart changent d'affectation régulièrement. 'Sur chaque ligne il y a au moins un passage difficile ', observe Bruno Serpaggi (CFTC) à Lyon. En région parisienne, l'agressivité est alimentée par 'l'exaspération des usagers' , relève Laurent Gallois (Unsa-RATP). 'Dur d'arriver devant un quai bondé, avec les gens qui font des doigts' , raconte-t-il. Pour gérer ces situations, les employeurs recherchent selon M. Serpaggi 'des profils de vendeurs Darty, qui prennent sur eux' . Sur le plan de sécurisation des transports annoncé mi-avril par le gouvernement, centré sur la vidéosurveillance, les syndicats sont réservés car cet outil 'sert à arrêter les agresseurs a posteriori' . 'Les entreprises ont fait des efforts d'équipement depuis dix ans mais à un moment il faut une présence humaine' , dit Patrick Maillier (CFDT). Le bus de voyageurs incendié fin mars à Tremblay. (Photo AFP Jacques DEMARTHON)