Un Chérèque plus offensif réélu haut la main

Publié le 12/06/2010
Le score écrasant réalisé par François Chérèque ne suffit pas à masquer les fragilités de la CFDT dues à la dureté de la crise et à la fermeté du pouvoir, qui réduisent ses marges de négociation et son influence.
Un Chérèque plus offensif réélu haut la main
Un Chérèque plus offensif réélu haut la main
Le score écrasant réalisé par François Chérèque ne suffit pas à masquer les fragilités de la CFDT dues à la dureté de la crise et à la fermeté du pouvoir, qui réduisent ses marges de négociation et son influence.

© Le Républicain Lorrain, Samedi le 12 Juin 2010 / IG
 
La confédération de François Chérèque est désormais en ordre de bataille face à une réforme des retraites qu'elle estime « injuste », même si elle se dit ouverte au débat. Photo AFP

A quelques jours de l'annonce de la réforme gouvernementale, le 47e congrès de la CFDT, qui s'est déroulé de lundi à hier à Tours, a confirmé le choix fait de longue date d'un réformisme assumé : il a voté le principe d'un allongement de la durée de cotisation pour la retraite, tout en restant ferme sur le maintien de l'âge légal de départ à 60 ans. « On a fait la démonstration que la CFDT est restée elle-même : un syndicat qui s'oppose aux injustices, mais propose des alternatives », a commenté Chérèque, réélu pour un troisième mandat avec 95,32 % des voix. 

La CFDT a aussi pris acte, pour la première fois, de l'existence de la précarité dans la fonction publique, en préconisant une couverture conventionnelle pour les contractuels.

Contradictions

Mais tout cela ne va pas sans contradictions : on a vu la direction désavouée deux fois sur les effectifs de la fonction publique - toute baisse a été exclue - et sur la recherche d'une convergence entre salariés « protégés » et précaires. Cela traduit « des aspirations à des positions plus syndicales, davantage ancrées dans le monde réel », selon le chercheur Jean-Marie Pernot, observateur des débats. Ce sont aussi des signes du divorce entre l'exécutif et la CFDT, dont les militants ont manifesté dans les débats leur immense lassitude face à la politique impulsée par Nicolas Sarkozy et la violence sociale de la crise économique. Ce divorce remonte désormais jusqu'au sommet : la CFDT n'a « plus confiance » dans le gouvernement, a déclaré François Chérèque. Selon le secrétaire général, « ce n'est pas la CFDT qui se radicalise, c'est le monde ».

François Chérèque a surfé sur cette contestation, déclarant que la CFDT n'était pas dans une « posture de négociation de contreparties à une réforme (des retraites) qu'elle combat ». Dans ce climat, le leader de la CGT, Bernard Thibault, n'a eu aucune peine à se faire applaudir à Tours. La CFDT « prend acte que le gouvernement ne laisse aucun espace de recherche de compromis », selon M. Pernot. Cela pose un défi au réformisme qu'elle incarne, la centrale de Chérèque étant moins à l'aise que la CGT dans le rôle d'opposant. Le positionnement de François Chérèque n'a pas été du goût de tous. Figure historique de la CFDT, Edmond Maire, entre autres, a fait la moue devant la tentation de céder à « la facilité » de la contestation. On a même frôlé la crise jeudi, une partie du Bureau national redoutant que le durcissement de François Chérèque balaye le « réalisme » sur la question des retraites et sept années passées à défendre la réforme de 2003 avalisée in extremis par le secrétaire général. Il s'est vu reprocher de « radicaliser le congrès ». Pour provoquer l'apaisement, la direction a dû rameuter le ban et l'arrière-ban pour faire voter son « projet alternatif » sur les retraites, au sein d'une CFDT qui est apparue moins homogène qu'attendu, après la « purge » de 2003 (80 000 départs).

Les débats ont aussi fait ressortir des carences dans le soutien aux adhérents et un sentiment de délaissement des fonctionnaires CFDT, auxquels Jacques Chérèque a multiplié les marques de considération.