Un congé paternité obligatoire ?

Publié le 12/03/2011
C'est l'idée de Laurence Parisot... La patronne du Medef a relancé un vieux débat concernant l'égalité professionnelle entre hommes et femmes.
Un congé paternité obligatoire ?
Un congé paternité obligatoire ?
C'est l'idée de Laurence Parisot... La patronne du Medef a relancé un vieux débat concernant l'égalité professionnelle entre hommes et femmes.

© Vosges Matin, Samedi le 12 Mars 2011 / France / PARIS
 
L'instauration d'un congé de paternité obligatoire inciterait « les pères à partager dès le premier jour les tâches familiales. »

Les jeunes papas pourraient devenir beaucoup plus nombreux à pouponner juste après la naissance de leur bébé si le congé paternité devient obligatoire, une idée à laquelle le gouvernement se dit favorable pour diminuer les inégalités hommes-femmes. Depuis le 1er janvier 2002, les pères ont le droit de prendre onze jours de congé paternité (18 en cas de naissances multiples), qui s'ajoutent aux trois jours d'absence accordés pour une naissance.

Bien que l'employeur ne puisse pas refuser ce congé, payé par la Sécu, seulement deux-tiers des pères y ont recours, selon une étude de la Drees (direction statistique des ministères sociaux), qui date de 2005. La présidente du Medef Laurence Parisot a donc proposé, quelques jours avant la Journée internationale des Femmes du 8 mars, de rendre ce congé obligatoire, ce « qui permettrait de rétablir un regard plus égalitaire sur les jeunes parents. »

Le ministre du Travail Xavier Bertrand s'y est déclaré favorable, de même que la ministre des Solidarités Roselyne Bachelot, en charge de l'égalité. La CFE-CGC est elle aussi pour cette idée, de même que la CFDT, qui prône même un congé de deux mois. Que seulement deux-tiers des pères le prennent, « c'est extrêmement dommageable », estime Mme Bachelot. « Le partage des tâches parentales et domestiques (essentiellement assurées par les femmes) est la clé de l'égalité professionnelle », explique la sociologue Dominique Méda. Les femmes gagnent aujourd'hui 27 % de moins que les hommes dans le privé et occupent l'essentiel des emplois à temps partiel.

Mais le moins que l'on puisse dire, c'est que les hommes « ne sont pas incités » à prendre leur congé paternité, remarque Françoise Milewski, économiste spécialiste des discriminations de genre à l'Office français des conjonctures économiques (OFCE). Selon la Drees, ne pas prendre son congé paternité peut « à la fois refléter une plus forte implication professionnelle (des pères), choisie ou subie, et une vision des rôles parentaux selon laquelle les soins à donner aux jeunes enfants seraient essentiellement dévolus à la mère ».

Casser la discrimination

La sociologue Ghislaine Julémont explique aussi que les hommes « qui prennent la décision de se désinvestir, même provisoirement, de la sphère professionnelle, sortent de la norme dominante ». « Cela amène nombre d'hommes à ne pas prendre leur congé paternité ou à en réduire la durée », dit-elle. Pour la ministre, un congé obligatoire permettrait de « casser la discrimination qui sévit dans l'entreprise » et de « casser un stéréotype : les hommes sont aussi capables de s'occuper de leurs enfants. » Donc, « oui, il faut le rendre obligatoire sinon cela pose des problèmes, comme à l'heure actuelle, pour un certain nombre de pères, qui souhaiteraient le prendre », abonde Mme Milewski.

Pour autant, poursuit-elle, l'idée « n'est pas très révolutionnaire. Cela n'est qu'un début, il faudra envisager qu'il soit plus long et mieux rémunéré » et s'attaquer au congé parental (trois ans maximum), qui éloigne souvent durablement les femmes du marché du travail.