Un suspense Total

Publié le 02/02/2010
Fermera ? Fermera pas ? La firme a repoussé avant l'été sa décision concernant la raffinerie de Dunkerque et ses 780 emplois.
Un suspense Total
Un suspense Total
Fermera ? Fermera pas ? La firme a repoussé avant l'été sa décision concernant la raffinerie de Dunkerque et ses 780 emplois.

Mardi 02 Février 2010, © L'Est Républicain / FRANCE

Un millier de salariés de Total, selon les syndicats, 500 selon la police, ont envahi hier midi la tour du groupe pétrolier à La Défense (Hauts-de-Seine), pour dire « non » à la fermeture de la raffinerie de Dunkerque, dont le sort sera décidé d'ici l'été. En milieu d'après-midi, les manifestants ont mis fin dans le calme à leur occupation, après la rencontre d'une délégation de représentants syndicaux et d'élus locaux avec la direction de Total.
Fermera ? Fermera pas ? Le suspense se prolonge pour les 780 salariés du site Total de Dunkerque. Partis au petit matin du nord de la France dans un cortège de bus, les centaines de manifestants rassemblés devant le siège de la firme à Paris-La Défense pour donner de la voix, s'en sont retournés quelques heures plus tard animés d'un sentiment mitigé. Partagés entre le soulagement d'avoir évité le pire, et la lucidité de savoir leurs angoisses juste reportées au calendrier.

« Des solutions de désengagement »


Officiellement, ainsi, la décision de fermeture de la raffinerie a été « reportée avant l'été » a fait savoir la direction lors d'un comité central d'entreprise après que le gouvernement ait fait part quelques heures plus tôt de son « refus d'accepter la fermeture de la raffinerie » tant qu'il n'y « aurait pas de garantie sur la pérennité des emplois ».
Un « moulinet » aux yeux de Benoît Hamon, porte-parole du Parti Socialiste ironisant, à quelques semaines des élections régionales, sur les paroles de Christian Estrosi, ministre de l'Industrie : « Ceux qui ne font rien ou se contentent de dire ''Je proteste'' ou ''Je ne suis pas d'accord'' rajoutent au cynisme d'une telle décision. Une entreprise qui gagne de l'argent ne devrait tout simplement pas avoir le droit de licencier ».
De fait, si aucune décision couperet n'a été annoncée par Total, le pétrolier « met en place des solutions sérieuses de désengagement » constate François Pelegrina, le coordinateur CFDT, cependant que le groupe annonçait son intention de « poursuivre les études en cours pour préparer l'avenir du site ».
Cela pourrait se traduire par l'implantation d'un terminal gazier censé « garantir la pérennité de l'emploi » tant pour le personnel de Total que pour les emplois des sous-traitants. Dans la coulisse se tiennent des négociations avec EDF pour la construction d'un terminal méthanier.
Reste pour autant que l'arrêt de la raffinerie devant laquelle se rassemblent chaque jour des dizaines de grévistes pour filtrer les entrées, se prolonge depuis la fin de l'été, et n'a pas été remis en cause par la direction.

« Total doit aller plus loin »


Au-delà de sa décision finale concernant le site de Mardyck, à une dizaine de kilomètres de Dunkerque, Total s'est engagé à garantir l'emploi à chaque salarié « correspondant à ses compétences », avançant le projet de création d'un centre d'assistance technique et une école de formation. « Total doit encore aller plus loin » a martelé François Chérèque (CFDT). « La loi dit que lorsqu'une entreprise quitte un lieu, elle a une responsabilité de réindustrialiser le site. Total a beaucoup d'argent, donc Total doit réinvestir dans l'emploi ».
Selon les chiffres avancé par « La Tribune » l'investissement nécessaire à la poursuite de l'activité de raffinage sur Dunkerque serait fixé entre « 60 millions d'€ et 120 millions d'€ ».
Une somme qui, pour être conséquente, n'en représente qu'une goutte d'essence dans la mer de ses bénéfices, annoncés lundi prochain : 8 milliards d'€ en 2009.
apetry@estrepublicain.fr


 

Antoine PETRY