Une avalanche de licenciements après les élections ?

Publié le 26/02/2012
Les entreprises subissent-elles des pressions pour retarder les licenciements à l'après présidentielle, comme l'affirment des syndicalistes ? Si la tendance est certaine, seules les grandes structures peuvent se permettre ce délai, analysent des économistes.
Une avalanche de licenciements après les élections ?
Une avalanche de licenciements après les élections ?
Les entreprises subissent-elles des pressions pour retarder les licenciements à l'après présidentielle, comme l'affirment des syndicalistes ? Si la tendance est certaine, seules les grandes structures peuvent se permettre ce délai, analysent des économistes.

© L'Est Républicain, Dimanche le 26 Février 2012 / France-Monde 
© Vosges Matin, Dimanche le 26 Février 2012 / France / PARIS
 
François Chérèque a évoqué des « coups de fils » passés par le ministère du Travail. Photo ER 

Se faisant l'écho de nombreux représentants syndicaux, le n°1 de la CFDT, François Chérèque, a évoqué mardi des « coups de fils » passés par le ministère du Travail. « Des chefs d'entreprise et DRH me disent que toutes les semaines, le ministère leur téléphone » pour « leur dire qu'ils reportent à plus tard » leurs plans « s'ils avaient des intentions de licencier », a-t-il affirmé.

S'il n'a pas révélé de noms, il a rappelé qu'en novembre, après des annonces de suppressions d'emplois à venir, le patron d'Areva, Luc Oursel, « a été convoqué chez le ministre », et le patron de PSA, Philippe Varin, « chez le président ». Difficiles à prouver, ces freins aux licenciements existent bel et bien, selon des économistes.

« On n'a jamais eu autant de précipitation et de tentatives de règlement qu'en cette période », souligne Françoise Geng, économiste au Cese.

Alors que selon le ministre du Travail, Xavier Bertrand, il n'est « pas possible de retarder » des licenciements s'ils sont « inéluctables », Mme Geng pense au contraire que pour « les entreprises qui n'ont pas le couteau sous la gorge, c'est faisable ».

Selon Marion Cochard, de l'OFCE, il existe effectivement « un coup de pouce des pouvoirs publics » pour « un certain nombre de grandes entreprises » pour lesquelles « il ne se passera pas grand-chose avant les présidentielles », comme à « l'usine symbole » d'ArcelorMittal, à Florange.

Qu'il s'agisse des fabricants de panneaux solaires Photowatt et de lingerie Lejaby, ou de la compagnie de ferries SeaFrance, le gouvernement s'est porté au chevet d'entreprises à l'agonie, avec plus ou moins de succès.

« On finit par trouver des plans de sauvetage de six mois », dit-Mme Cochard en référence à la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne, « mais on voit bien qu'il y aura des destructions d'emplois dans six mois ». « Il y a eu des destructions d'emploi au 4e trimestre, et cela va se prolonger », prédit-elle. L'économie française a, pour la première fois depuis fin 2009, détruit près de 32.000 emplois salariés au 4e trimestre 2011, l'emploi salarié dans l'industrie essuyant une baisse trimestrielle de 0,2 %.

« On est encore dans la crise débutée en 2008, et les entreprises industrielles ont des marges très dégradées aujourd'hui. [...]. Si le ralentissement est durable, c'est plus compliqué de retarder les licenciements », dit Mme Cochard.

« Ce qui est clair, c'est que le pire va arriver au 2e semestre en terme de licenciements et de plans sociaux, on nous l'a très fortement indiqué dans le cadre de nos travaux et de nos auditions », affirme Mme Geng.