« L'insulte » de Sarkozy

Publié le 03/04/2012
L'interview du candidat-président hier dans nos colonnes, irrite les syndicats en Lorraine. Le feuilleton de la discorde se poursuit.
« L'insulte » de Sarkozy
« L'insulte » de Sarkozy
L'interview du candidat-président hier dans nos colonnes, irrite les syndicats en Lorraine. Le feuilleton de la discorde se poursuit.

© L'Est Républicain, Mardi le 03 Avril 2012 / Ouverture France-Monde + Vosges Matin

 

Sarkozy « veut diviser », dénonce en bloc la CFDT Lorraine. Photo d'archives Alexandre MARCHI

Le traumatisme de Gandrange. « À Gandrange tout a été respecté, il n'y a pas eu de licenciements. Toutes les personnes ont été reclassées [...]» affirmait hier Nicolas Sarkozy.

Le 26 mars 2009, l'aciérie de Gandrange crache sa dernière coulée, 575 emplois sont supprimés. En février 2008, Nicolas Sarkozy en visite surprise à Gandrange affirme devant l'usine : « Avec ou sans Mittal, l'État investira dans Gandrange ». Trois ans après la fermeture du haut-fourneau de Gandrange, la plupart des salariés ont été reclassés sur les sites de Florange (en Moselle), Schiflange et Rodange (au Luxembourg)... dont les hauts-fourneaux sont à l'arrêt temporaire depuis de nombreux mois. La blessure des « promesses non-tenues » du chef de l'État demeure dans les esprits. De nombreux salariés ont le sentiment de vivre à Florange ce qu'ils ont déjà vécu en 2008 à Gandrange.

L'épisode du QG de campagne. « Quant aux permanents de la CFDT, ils trahissent la confiance des salariés. Ils sont venus m'insulter et essayer de casser mon siège de campagne », ajoutait Nicolas Sarkozy.

Le 15 mars dernier, près de 150 sidérurgistes, dont une poignée de « permanents » des syndicats et trois élus de Moselle se rendaient à Paris avec la ferme intention d'organiser un pique-nique sauvage devant le QG de campagne du candidat de l'UMP. Les métallos qui avaient largement alerté les médias de leur projet sont arrivés dans trois bus, sous escorte des forces de l'ordre. Vingt minutes avant l'arrivée des métallos, Nicolas Sarkozy quitte son QG et affirme « ne pas être au courant de la venue des salariés d'ArcelorMittal ». Alors qu'il vient de quitter les lieux, plusieurs compagnies de gendarmes mobiles se positionnent aux entrées de la rue de la Convention à 200 mètres du QG pour en interdire l'accès.

Les métallos arrivent un quart d'heure plus tard et se garent à 20 mètres de l'entrée de la rue. Ceux-ci descendent bruyamment des bus. Des pétards claquent au sol, quelques fumigènes rouges sont allumés. Un groupe se masse contre les boucliers des CRS, hurlant des « merci Sarko ! », ironiques. Immédiatement, des gendarmes se saisissent de leurs bombes aérosol et arrosent le groupe de gaz lacrymogène.

Sans qu'il n'y ait jamais eu aucune échauffourée, ni aucune violence de la part des manifestants. Fin de l'épisode.

Les 17 millions ?

« C'est du foutage de gueule »

Fureur de la CFDT Lorraine qui renvoie le président-candidat à la réalité des faits. Les 17 millions « obtenus » pour Florange ? « C'est faux » affirme Jean-Marc Vecrin,délégué Arcelor Atlantique Lorraine. « Il n'y a eu que 2 millions d'EUR... qui avaient déjà été négociés dans un ancien accord pour du chômage partiel ».

Les 15 autres millions ? « La filière liquide n'en voit pas la couleur ».

Conviction du syndicaliste : « A 98 %, dès que l'élection présidentielle sera passée, le packaging fermera ». L'entreprise Efuba chargée de l'entretien du coeur du haut-fourneau n'est pas intervenue depuis octobre 2011. Alain Gatti, secrétaire régional CFDT parlant des propos du candidat soutenu par l'UMP : « C'est de l'enfumage, du foutage de gueule. Nous nous sentons insultés ».

Légitimité des syndicats :

« Sarkozy veut diviser »

Les « permanents » de la CFDT qui « trahiraient la confiance des salariés » ?

« Nous avons été élus après des élections qui ont mobilisé 95 % du personnel qui, dans sa totalité nous soutient aujourd'hui car il est inquiet, après avoir vu ce qu'il pouvait en être des promesses de Nicolas Sarkozy à Gandrange. Si avec ça on n'est pas légitime... Comme toujours, Sarkozy veut diviser » dénonce en bloc la CFDT Lorraine. Pour le syndicat, le chef de l'État veut « politiser » l'enjeu qui « en l'occurrence n'est d'abord qu'un combat syndical ».

Stéphanie SCHMITT

et Antoine PETRY