CHANTAGE A L'EMPLOI ET MALADIE PROFESSIONNELLE

Publié le 16/09/2009
La crise accentue-t-elle la dégradation des conditions de travail ? Une certitude, le stress bouscule le champ des maladies professionnelles.
CHANTAGE A L'EMPLOI ET MALADIE PROFESSIONNELLE
CHANTAGE A L'EMPLOI ET MALADIE PROFESSIONNELLE
La crise accentue-t-elle la dégradation des conditions de travail ? Une certitude, le stress bouscule le champ des maladies professionnelles.

Selon Dominique Toussaint, secrétaire régional de la CFDT,  «la période est propice à une forme larvée  de chantage à l’emploi.»
Selon Dominique Toussaint, secrétaire régional de la CFDT, «la période est propice à une forme larvée de chantage à l’emploi.»

Après la série noire affectant les constructeurs PSA et Renault, France Télécom affronte à son tour le blues de ses salariés. La sinistre épidémie, débutée il y a dix-huit mois, a été marquée, lundi, par une 24e tentative de suicide à Metz (notre édition d’hier). Hormis sa dimension spectaculaire, cette lame de fond n’étonne guère les partenaires sociaux qui déplorent l’ancrage d’«un mal être» dans l’entreprise.
«Lorsque j’ai débuté, il y a trente ans, les gens qui craquaient sur leur lieu de travail étaient plutôt des jeunes femmes. Souvent, elles n’arrivaient plus à concilier vie professionnelle et vie familiale. Désormais, je vois des hommes dans la force de l’âge craquer.» Secrétaire CGT à la Direction départementale du travail, Françoise Faber traque jusque dans les détails l’inexorable dégradation des conditions de travail. De tous horizons, de tous âges, les victimes mettent un certain temps à comprendre ce qui leur arrive. «Beaucoup sont des salariés confirmés ou des seniors désarçonnés qui vivent cette épreuve comme une remise en cause de l’investissement consenti des années durant. La plupart du temps, ceux-là me disent : 'Je ne m’attendais pas à ça' ou 'si j’avais su que ça m’arriverait un jour'.» Personne n’échappe au rouleau compresseur «de réorganisations à la hussarde» ou des «restructurations» sacrifiant la notion de ressources humaines sur l’autel de la rentabilité.

Les victimes changent

Fautive, la crise ? «Elle a incontestablement accéléré la dégradation ces derniers mois, mais cette évolution ne date pas d’hier», corrige Dominique Toussaint, secrétaire régional de la CFDT chargé de la santé au travail. A cette nuance près : «La période est propice à une forme larvée de chantage à l’emploi, de mise sous pression des salariés et de remise en cause des acquis sociaux.» Françoise Faber confirme l’émergence d’une lame de fond qui a déjà fait de gros dégâts. «On a franchi le premier palier à la fin des années 70 ; c’est à partir de cette période que j’ai constaté le changement de profil des victimes», résume-t-elle.

Accord interprofessionnel

Face à l’ampleur du phénomène, les partenaires sociaux ont ­ officiellement ­ décidé de prendre le taureau par les cornes : le 2 juillet 2008, représentants du patronat et des syndicats signent un accord national interprofessionnel sur le stress au travail. Autour de la table, les signataires appartiennent, côté patronal, au Medef à la CGME à l’UPA. Côté salarié, les cinq grandes confédérations (CGT, CFDT, CFTC, FO, CGC) paraphent le document. Lequel est une transcription d’un accord européen du 8 octobre 2004. Parmi les mesures suggérées afin de réduire le fléau, certaines préconisations relèvent du simple bon sens : comme «la possibilité pour les salariés d’échanger sur leur travail » ou encore «l’amélioration de la gestion et de la communication de l’entreprise afin de permettre aux salariés de mieux appréhender les objectifs de l’entreprise et le rôle de chaque salarié». Un dispositif toujours en attente d’application : « Pour l’heure, la prise en compte de ce phénomène par les patrons reste la principale bonne nouvelle », confirme Dominique Toussaint. Pourtant, les conséquences du stress peuvent être coûteuses à l’entreprise : « L’explosion des troubles musculosquelettiques en est un indice préoccupant. C’est assez désespérant », soupire le cédétiste qui décèle là aussi un signal d’alerte.

Xavier BROUET.
Publié le 16/09/2009 (Région)