L'intersyndicale lorraine à l'épreuve du plan de rigueur

Publié le 08/09/2011
Tous les syndicats partagent les mêmes sujets d'inquiétude et de colère. Mais FO, la CGC et la CFTC bouderont les manifestations du 11 octobre, sur lesquelles même la CGT et la CFDT peinent à trouver un accord.
L'intersyndicale lorraine à l'épreuve du plan de rigueur
L'intersyndicale lorraine à l'épreuve du plan de rigueur
Tous les syndicats partagent les mêmes sujets d'inquiétude et de colère. Mais FO, la CGC et la CFTC bouderont les manifestations du 11 octobre, sur lesquelles même la CGT et la CFDT peinent à trouver un accord.

© Le Républicain Lorrain, Jeudi le 08 Septembre 2011 / Région /

 

 

Personne ne se risque à prévoir le retour d'un automne façon 2010, quand la réforme des retraites a jeté dans la rue des centaines de milliers de manifestants au cours de neuf mémorables manifestations. Photo archives RL/Maury GOLINI

Pour Philippe Hoellinger, secrétaire régional de l'UNSA (autonomes), la rentrée sociale est « triste ».
DOSSIER

Alain Gatti, son homologue de la CFDT, ne voit pas pourquoi l'on parle de « rentrée » : « On n'aborde pas une nouvelle phase. Ça fait des mois qu'on nous dit que nous sortons de la crise, mais tout démontre le contraire. Il y a gros à parier que, dans une région aussi fragilisée que la nôtre, on va en prendre plein la figure en termes d'emploi d'ici à dans quelques mois. » Et Serge Brettar, président de la CFTC Lorraine, affiche son profond « pessimisme ». « Voyez ce qui se passe chez ArcelorMittal : la sidérurgie se casse la gueule comme les Charbonnages, il y a quelques années. »

En gros, tout le petit monde du syndicalisme lorrain est sur la même longueur d'onde, côté constat. L'emploi est en berne, et le plan gouvernemental pour la réduction du déficit de la nation est « injuste ». Jacky Duhaut, secrétaire régional de la CGT, se joint au choeur général pour insister sur la taxation des complémentaires-santé, « attaque directe contre le pouvoir d'achat et donc, contre la relance » et Alexandre Tott, de Force Ouvrière (Moselle), inclut dans l'« austérité » « la déglingue des services publics... depuis 2007 ». Un chapitre dans lequel tous intègrent la restructuration du service hospitalier en Moselle Est, qui « va encore faire du bruit », promet Philippe Hoellinger.

Grèves ou pas grèves ?

Tout cela donne du grain à moudre aux organisations syndicales. Et pourtant, personne ne se risque à prévoir le retour d'un automne façon 2010, quand la réforme des retraites a jeté dans la rue des centaines de milliers de manifestants au cours de neuf mémorables manifestations. « Je sens les salariés plutôt résignés », soupire le président de la CFTC. Raison pour laquelle il est d'accord avec sa confédération pour ne pas participer à la journée intersyndicale du 11 octobre, pas plus que la CGC ni Force Ouvrière.

Un rendez-vous intersyndical auquel personne ne semble d'ailleurs bien préparé, y compris parmi les syndicats moteurs, CGT, CFDT et UNSA. Des réunions doivent se tenir dans tous les départements pour en arrêter les modalités, mais même là-dessus, on sent des crispations. La CGT les annonce pour le début de la semaine prochaine ? « Pas question, réplique Alain Gatti. On verra ça après la réunion du bureau national de la CFDT, qui prendra position en fonction des analyses de nos équipes. »

En principe, il faut s'attendre ce 11 octobre à voir une manifestation dans chaque département. « Avec des appels à la grève », promet Jacky Duhaut. « Pas de grève générale, tempère Alain Gatti, juste des préavis là où ce serait nécessaire pour protéger les salariés ». En position d'arbitre, Philippe Hoellinger : « Nous, à l'UNSA, on tient à maintenir l'intersyndicale, même si c'est un peu difficile. Au moins sur un consensus minimum, contre l'austérité et pour l'emploi. »

Retiré sur son Aventin, Alexandre Tott fait la leçon. « L'an dernier, Force ouvrière était pour la grève générale. Les défilés à répétition, ça a conduit tout le monde dans le mur. » Du coup, FO fera sa rentrée toute seule, le 20 septembre, avec « le lancement d'un processus d'information sur le thème 'non à la dictature de la dette '». Le plan Fillon ne ramènera décidément pas FO dans l'intersyndicale, « portée à bout de bras depuis deux ans » par la CGT et la CFDT, explique Alain Gatti... « mais, ajoute ce dernier, on multiplie les compromis, sans jouer les Bisounours ».

C'est sûr, il va leur falloir encore pas mal d'énergie pour la réussir, cette rentrée du 11 octobre.

Bernard MAILLARD.