Le Luxembourg réservoir de secours

Publié le 19/10/2010
De plus en plus de Lorrains font le déplacement jusqu'au Grand-Duché pour remplir réservoirs et bidons
Le Luxembourg réservoir de secours
Le Luxembourg réservoir de secours
De plus en plus de Lorrains font le déplacement jusqu'au Grand-Duché pour remplir réservoirs et bidons

Le Républicain Lorrain, Mardi le 19 Octobre 2010 / IG /
 

 

Selon Sylvain, responsable de la station Aral de Frisange, « la crise montrera son vrai visage » quand les routiers seront entrés en action. Photo Pierre HECKLER

de 20 litres. Dans les préfectures, le nombre de stations fermées est largement sous-estimé.

« ça me rappelle 1995, vous savez ! Mais ce n'est qu'un début selon moi. Car s'il n'y a plus de gazole en France, les gens ont encore des restes de pleins dans le réservoir. Pour moi, c'est quand les routiers s'y mettront que la crise va montrer son vrai visage », juge Sylvain, responsable de la station Aral de Frisange, à la frontière luxembourgo-française, hier midi.

LE FAIT DU JOUR

Il y a quinze ans le blocage des routes en France avait provoqué une augmentation de 200 % de la demande dans cette rue de la pompe - et ses cinq stations d'affilée - du sud du Grand-Duché où les frontaliers du pays de Thionville se ravitaillent au quotidien en cigarettes, en alcools forts et en carburants.

L'affluence était aussi nettement supérieure hier à celle d'un lundi midi lambda. Les pompistes confirment globalement une hausse de la fréquentation entre 10 et 15 %, à l'exception d'une station dont les ventes sont en retrait. « Oui, car, certains Français pensent que c'est aussi la pénurie au Luxembourg. Ils ne prennent donc pas le risque de venir, en consommant ce qu'il leur reste d'essence. Alors que ce n'est pas le cas. Au contraire, nos cuves sont bien pleines ! », remarque Roberto Cordella (Total).

Reichstett bloquée

André, 65 ans, retraité de Longeville-lès-Metz, vient de remplir à ras bord le réservoir de son 4X4 urbain et finit de servir en remplissant un bidon de 20 l. « C'est pour la voiture de ma femme. Je crois que la situation ne va pas en s'améliorant. Alors je prends ce qu'il faut pour tenir un peu », avoue-t-il. Comme lui, de nombreux Lorrains n'hésitent pas à faire des kilomètres pour voir venir tranquillement ces prochains jours. Ce Vosgien, qui repart avec plein et bidons, a même remis quelques euros d'essence à Nancy pour arriver à bon port au Grand-Duché !

Toute la journée, les autorités ont soufflé le chaud et le froid dans les quatre départements. Entre langue de bois et retournements de situation sur le front des blocages de dépôts de carburant et de raffineries. Ainsi, le communiqué de la préfecture de Moselle sur les stations touchées par la pénurie, vers 16 h, semblait sous-évaluer considérablement le nombre de pompes à sec. Officiellement, seuls 33 pompistes sur 147 étaient en rupture totale ou partielle de stocks dans le département ! Un état des lieux en décalage avec le vécu des usagers. Une source préfectorale lorraine a confirmé en off, que les chiffres officiels étaient « volontairement revus à la baisse ». Dans le droit fil des déclarations gouvernementales contestant toute pénurie... Dans les Vosges, 25 à 30 des 110 stations du département étaient aussi à sec. En Meurthe-et-Moselle, 37 des 116 revendeurs étaient en panne d'essence partielle ou totale. La réouverture de Saint-Baussant dimanche matin et les 142 livraisons réalisées en quelques heures depuis le dépôt meurthe-et-mosellan auront été les seules éclaircies du jour pour les pouvoirs publics. Vers 13 h 30, la CFDT de la raffinerie de Reichstett (Bas-Rhin), cruciale pour la Lorraine, a annoncé le blocage des livraisons jusqu'à jeudi dans le cadre d'un conflit sur l'avenir du site, sans lien avec la réforme des retraites.

Alain MORVAN.