Sauver l'outil et sa mémoire

Publié le 11/11/2012
Nancy. Il serait trop simple de lire « métallo » comme un synonyme de sidérurgiste. Le mot est bien plus profond, complexe et composite.
Sauver l'outil et sa mémoire
Sauver l'outil et sa mémoire
Nancy. Il serait trop simple de lire « métallo » comme un synonyme de sidérurgiste. Le mot est bien plus profond, complexe et composite.

© L'Est Républicain, Dimanche le 11 Novembre 2012 / Région Lorraine
© Le Républicain Lorrain, Dimanche le 11 Novembre 2012 / Région
 
 
Rudy Cristiani : « Transmettre notre histoire ». Photo M. FRITSCH 

C'est ce que l'on gardera d'une récente soirée organisée par la maison de l'étudiant (MDE) et la feuille alternative « Le nouveau jour J » sur le campus Lettres et Sciences humaines de Nancy à laquelle participaient six « Arcelor Mittal » de Florange emmenés par un retraité, Rudy Cristiani. 43 ans de syndicalisme derrière lui qui a connu l'acier à 14 ans, il porte la veste orange de la CFDT et se tient à côté des''petits jeunes'' qui ont pris sa relève.

« Mine de rien, ce n'est pas anodin pour nous, ouvriers, de venir transmettre notre histoire à des étudiants », estime Lionel Durielo, militant CGT. Etudiants, militants politiques et syndicalistes étaient venus assister à la projection-débat de « ArcelorMittal, à la vie ou à la mort ». Un documentaire de Jean-Claude Poirson remplacé à la dernière minute par « Sous le gueulard, la vie ». Un film tourné par Emmanuel Graff en 1991 pendant la fermeture du site d'Uckange. « Il y a des points communs avec Florange », dit l'auteur avec raison. Apparaissant déjà à l'image, Rudy Cristiani confirme. Il a connu « le démantèlement, la mutation incroyable » d'un système dont Florange n'est plus qu'un petit élément. « Le site est viable. Il n'y a pas une voiture dans le monde dont les pièces ne viennent de lui ». Pour autant, son propriétaire veut y fermer deux hauts-fourneaux au repos forcé depuis 15 mois.

Fiers des anciens

« Si je me bats avec les copains, ce n'est pas seulement pour les salariés d'Arcelor, mais aussi ceux de la sous-traitance », lance Rudy Cristiani. Il aurait pu aussi évoquer aussi la nécessité de préserver l'appartenance à la '''communauté du fer''.

Elle n'est pas à prendre dans son acception défensive, mais au contraire généreuse. Celle qui est riche du mélange des origines de ses travailleurs, de leurs langues différentes et de leur envie de travailler comme de vivre ensemble au point de créer une culture ouvrière.

C'est elle que Lakshmi Mittal condamnerait aussi en fermant Florange. C'est parce que les salariés en sont les héritiers au même titre que de leur outil de travail, qu'ils veulent à tout prix sauver le tout.

« Descendants d'immigrés, on ne supporte pas l'idée de mettre la clé sous la porte » d'un édifice que leurs prédécesseurs ont contribué à développer et dont ils sont fiers.

Ils ont bien du mal à susciter l'intérêt et à rallier à leur cause. « Ce sont les médias qui se sont substitués aux salariés », disent les invités, pour relayer leur lutte. Hier, elle serait passée par une action physique, un blocage du site pour instaurer un rapport de force. Aujourd'hui on peut entendre : « On n'a pas su mobiliser le salarié ni la population, le combat est là aussi ». Mais ils sont peu pour lutter sur tous les fronts.

Frédéric CLAUSSE