Skylander : le CES réclame un plan de vol

Publié le 19/06/2010
La volonté de la Région d'entrer dans le capital de l'avionneur Geci suscite la perplexité du Conseil économique et social qui réclame des garanties sur la solidité financière de l'entreprise.
Skylander : le CES réclame un plan de vol
Skylander : le CES réclame un plan de vol
La volonté de la Région d'entrer dans le capital de l'avionneur Geci suscite la perplexité du Conseil économique et social qui réclame des garanties sur la solidité financière de l'entreprise.

© Le Républicain Lorrain, Samedi le 19 Juin 2010 / Région /

Marie-Madeleine Maucourt s'interroge sur les garanties fournies par Geci. Photo RL

Lors de la session du conseil régional du 24 juin, Jean-Pierre Masseret sollicitera le feu vert de sa majorité pour entrer dans le capital de Geci Aviation. Une prise de participation à hauteur de 7 MEUR pour l'heure suspendue à l'avis du Conseil d'Etat. Cet investissement compléterait les 9,1 MEUR déjà votés en avance remboursable sur cinq ans. Soit une enveloppe globale de 16,1 MEUR. Le caractère exceptionnel de cet engagement d'une collectivité dans une entreprise privée divise le CES. Sans être invité à se prononcer sur ce dossier, il s'interrogeait, hier à Metz, par la voix de Marie-Madeleine Maucourt sur les garanties fournies par Geci pour la construction du Skylander, un avion rustique présenté comme « la Logan des airs » par ses promoteurs. « Quid de l'organisation juridique de Geci et du plan de financement de l'assemblage du Skylander ? », questionne ainsi la présidente de la commission des finances, sans pour autant mentionner la récente polémique sur les retards de procédure de certification. L'intéressée réclame un plan de vol détaillé : « Nous voulons avoir une vision complète permettant de valider l'effet de levier qui sera effecti vement généré par cette prise de participation au capital social », expose-t-elle.

Le CES s'interroge, par exemple, sur les modalités de remboursements sur cinq ans de l'avance de 9,1 MEUR : « Compte tenu du type de projet et de sa durée de mise en oeuvre », l'assemblée note que « le conseil régional sera dans l'obligation de revoir la durée de remboursement de ce prêt ». Tout aussi prudent, Raymond Bayer (CGT) : « On est dans un drôle de monde. On nous vante les bienfaits du libéralisme tout en légitimant la chasse aux subventions publiques... Il nous faut en tout cas plus de visibilité, notamment en matière d'emploi. Il ne faudrait pas que ce dossier se retourne contre nous », prévient-il. Au diapason, la CFDT souhaite une clarification des objectifs, des moyens... et des contreparties imposées à l'avionneur. « J'espère qu'il y aura au moins une obligation de résultat social et environnemental », tranche Patrice Sanglier. Beaucoup redoutent un précédent éloignant la collectivité de son champ de compétence. Marie-Madeleine Maucourt souligne l'importance des fonds injectés : 16,1 MEUR sur les 92 MEUR annuels dévolus à l'action économique.

Roger Cayzelle confirme : « Il y a dans cette affaire une part évidente de pari », observe-t-il, en temporisant : « Mais rappelons-nous, pour ne prendre que cet exemple, que ce fut aussi en son temps le cas de Smart. » Patrice Sanglier s'inquiète, lui, d'une possible utilisation militaire du futur Skylander : « Quelle sera la destination de ce produit ? » Des craintes que Joël Berger tente d'apaiser. Le directeur général des services de la Région réaffirme sa confiance dans Geci : « Nous avons négocié un pacte d'actionnaires, si le Conseil d'Etat nous le permet, pour avoir une vraie visibilité et influer sur les décisions. Il nous offrira des garanties sur l'argent que nous investirons et même si Geci quitte la Lorraine, tous les fonds nous serons remboursés. » La réussite de l'opération ne fait, à ses yeux, guère de doute : « L'avion intéresse le ministère de l'Intérieur pour la surveillance littorale et EADS pense à lui pour l'entraînement des pilotes de l'A400. » En dépit des exhortations de Roger Cayzelle à ne pas oublier les autres problèmes lorrains, l'entrée au capital de Geci promet de monopoliser le débat de la prochaine plénière à la Région.

Xavier BROUET.