Téléconseillers : l'appel au secours

Publié le 21/06/2011
Les salariés des centres d'appel de Lorraine ont manifesté hier de Raon-l'Etape à Saint-Avold en passant par Nancy. Le secteur - 6 000 et 8 000 employés dans la région - pâtit de ses conditions de travail et de salaire.
Téléconseillers : l'appel au secours
Téléconseillers : l'appel au secours
Les salariés des centres d'appel de Lorraine ont manifesté hier de Raon-l'Etape à Saint-Avold en passant par Nancy. Le secteur - 6 000 et 8 000 employés dans la région - pâtit de ses conditions de travail et de salaire.

© Le Républicain Lorrain, Mardi le 21 Juin 2011 / Région /

 

Pas de possibilité de carrière, de mauvaises conditions de travail et des rémunérations qui ne décollent pas : les salariés des centres d'appels de Lorraine sont montés au créneau, hier, prenant acte de négociations de branche en cale sèche.

LE FAIT DU JOUR

« Les syndicats patronaux ont fait capoter les négociations, alors qu'on évoquait que des augmentations de 1,6 % des salaires. Pfff..., ils nous ont dit que ce n'était pas le moment. C'est scandaleux », peste Jacques Stirn. Le responsable télécom et centres d'appels à la CFDT-Lorraine sait à quel point le secteur, qui compte entre 6 000 et 8 000 salariés dans la région, souffre de longue date. « Nous avons une vraie antériorité dans l'Est, avec de grosses implantations Orange (ex-France Télécom) à Nancy et Metz. Mais ce sont plutôt les prestataires des grands donneurs d'ordre qui paient cash les règles d'une économie très particulière », analyse l'employé du pionnier historique français des télécoms (Orange). Avec le Smic comme seul horizon - contre le Smic + 40 % pour leurs voisins de la téléphonie -, des horaires décalés (jusqu'à 20h, voire 22h), un recrutement à faible niveau de qualification et un énorme turn-over, les perspectives sont limitées pour ces nouveaux OS (ouvriers spécialisés) de la civilisation des téléopérateurs. 25-30 ans en moyenne, une très grosse majorité de femmes, souvent des profils entre bac et bac +3 : tel est le portrait-robot du téléconseiller type, payé entre 900 et 1 200 EUR par mois. « Les donneurs d'ordres que sont EDF-GDF, Canal Plus ou Orange mettent certes la pression sur nous autres prestataires, déplore Sandra Blaise, déléguée syndicale centrale à Transcom (Raon-l'Etape, Vosges), mais nos propres chefs se servent de ces discours pour exiger toujours plus de productivité à des employés mal formés piégés ».

Dépressions et surendettement

Elle raconte très bien les menaces de « délocalisations » agitées régulièrement, ces reproches faits à ses collègues qui prendraient trop de temps pour aller aux toilettes, ces personnels malades que la direction verrait bien quitter l'entreprise... Tout comme Jacques Stirn, qui a participé aux discussions nationales postérieures à la récente vague de suicides, Sandra Blaise rappelle « ces cas de dépressions, ces tentatives avortées de mettre fin à ses jours parmi ses collègues ». En Lorraine, les grands noms du secteur - Arvato (400 employés, Metz), Socam (450, Laxou), Acticall (700, Nancy), Transcom (200, Raon-l'Etape) ou Bosch (100, Forbach) - ont été inégalement impactés hier. Reste que 90 % des salariés de Webhelp (85, Saint-Avold) ont débrayé, trente salariés de Socam et une quarantaine chez Transcom ont marqué le coup, lors de cette journée de mobilisation nationale. « Cela devient insupportable de se voir opposer la crise ou tout autre argument pour éviter de revaloriser des salaires déjà au bas de l'échelle ! Comment fait une jeune maman qui finit à 21 h et qui doit payer une garde pour ses enfants ? Elle est étranglée entre pénibilité, hausse du coût de la vie et baisse de son pouvoir d'achat », s'énerve Jacques Stirn, qui traite de plus en plus de cas de surendettement parmi les salariés de son secteur.

Alain MORVAN.