Témoignage de Lazhare, agent de sécurité en Alsace (Les Essentiels)
Découvrez le témoignagne d'un « Essentiel », tiré du livre riche en visuels et en histoires qui mettent en lumière des parcours inspirants et des métiers essentiels.
Un ouvrage à feuilleter pour s’inspirer et mieux comprendre les réalités du terrain.
Je suis agent de sécurité depuis plus de quinze ans. Dès le début de ma carrière, j'ai bien ressenti que ce métier n'est pas considéré à sa juste valeur. Pourtant, nous sommes en première ligne pour veiller à la tranquillité et à la sécurité de tous dans les espaces publics et les entreprises.
Dans la tête de beaucoup de gens, nous sommes agents de sécurité parce que nous n'avons pas fait d'études, parce que nous n'avons pas de formation. En réalité, nous devons suivre des formations obligatoires et obtenir une carte professionnelle qui est délivrée par le Conseil National des Activités Privées de la Sécurité privée (CNAPS). Nous veillons sur tous sans que l'on nous voie. Aux yeux des autres, nous ne sommes pas grand-chose, notre métier ne fait pas rêver, alors on s'en fiche de nous. Souvent, on nous regarde avec mépris, on nous croise avec indifférence.
Cette image qui nous colle à la peau arrange bien nos patrons.
Les contraintes et les risques de notre métier sont importants. Le salaire ne suit pas, et faire notre travail dans de bonnes conditions est de plus en plus compliqué. Debout toute la journée, en hypervigilance pour antici per ou bien ?"éagir en cas d'incident. Pour faire notre métier, il faut aussi accepter de travailler en horaires décalés, en journées discontinues, le soir, le week-end... pour des heures majorées de 10 % uniquement. Ce n'est pas un hasard si le secteur n'attire pas les candidats et que le tum-over est si fort !
Même pendant la crise sanitaire, on a très peu parlé de nous alors que nous avons été parmi celles et ceux qui n'ont pas arrêté de travailler. Nous avons été là, à faire notre boulot plusieurs semaines sans protection, sans masques. Nous allions au travailla boule au ventre, avec la peur de revenir à la maison avec le virus. Nous avons été à l'ombre des travailleurs essentiels applaudis sur les balcons. Et pourtant, nous étions plus que jamais là pour garantir la sécurité dans les centres commerciaux et les hôpitaux. .. Quand j'ai reparlé de cette période avec mes collègues, on s'est rendu compte que nous faisions tous la même chose avant de rentrer chez nous. On se changeait devant notre porte avant de rejoindre notre famille.
Cinq ans après, nous restons invisibles.
Les premiers niveaux de salaire sont à peine au-dessus du SMIC et les conditions de travail toujours aussi difficiles. Pour moi, les métiers de la prévention et de la sécurité sont plus que jamais essentiels. L'actualité nous le montre et il va bien falloir que les employeurs s'engagent pour l'attractivité des métiers.»