Comment éviter les accidents sur les chantiers (L'UNION / DIMANCHE 16 JUIN 2024)

  • Santé et Qualité de Vie au Travail

Les accidents du travail, encore quotidiens, pourraient souvent être évités avec une meilleure culture de la prévention dans les entreprises. Exemple sur un chantier de l’entreprise ardennaise Warsmann.

Casque blanc, chaussures de sécurité, téléphone portable en mode photos, Pascal Kaminski est prêt pour sa visite de chantier. Ce matin, le conseiller en prévention de l’OPPBTP (Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics) s’attend à trouver des ouvriers qui travaillent dans de bonnes conditions. Ce n’est pas toujours le cas, d’où l’importance des actions de prévention et des contrôles de l’Inspection du travail sur les chantiers. Ce sont les seuls moyens de lutter contre les accidents du travail mortels quand le chef d’entreprise ne s’en préoccupe pas assez.

En France, deux personnes meurent encore chaque jour au travail.

« Je viens former un référent prévention de l’entreprise ardennaise Warsmann. Le but est de le rendre autonome », explique Pascal en enfilant
un gilet orange. Le référent est une référente en l’occurrence. Delphine Bihin, responsable hygiène et sécurité chez Warsmann, attend Pascal comme on attend un professeur exigeant. « Pour avoir l’œil, il a l’œil?! Rien ne lui échappe. À la fin, il me dira tout ce qui peut être amélioré pour la sécurité des équipes et me signalera les éventuels manquements. »

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« Les chutes de hauteur font partie des principales causes d’accident mortel. Elles peuvent être provoquées par un échafaudage mal monté
ou simplement par une prise de risque de l’ouvrier », indique Jérôme Fougeron, directeur Grand Est de l’OPPBTP, .../....

.../... Notre rôle est aussi de rendre visite à des entreprises qui ont subi un arrêt de chantier demandé par l’Inspection du travail ou qui ont connu un accident mortel. Nous analysons les causes du décès et aidons le chantier à reprendre en toute sécurité. » .../...

« IL Y A TOUJOURS DES CHOSES À AMÉLIORER »

.../.... La nouvelle génération est beaucoup plus sensible à son environnement de travail et n’hésite pas à changer de patron. Quand les chantiers sont bien tenus, dans le souci de la vie des ouvriers, ceux qui y travaillent y restent et font prospérer leur entreprise.

Tout le monde gagne à améliorer la prévention des accidents, pourtant le nombre d’accidents mortels ne diminue plus.

« Leur nombre a chuté depuis 1900, mais nous sommes arrivés sur une sorte de plateau. Tout ce qui a pu être amélioré au niveau du matériel l’a été. Aujourd’hui, ce sont principalement les comportements humains qui provoquent les accidents les plus graves. C’est pourquoi il faut intensifier la culture de la prévention. »

.../... Pascal est seul pour toutes les entreprises des Ardennes. À l’OPPBTP, il y a un conseiller en prévention par département. Chacun doit gérer entre 2 000 et 3 000 entreprises. Les inspecteurs du travail, chargés du contrôle, ne sont pas tellement plus nombreux.

 

3 questions à JEAN-LUC RUÉ référent Grand Est Santé/Sécurité pour la CFDT.

« On ne met pas assez au pilori les entreprises qui ne font pas de prévention »

Les stagiaires, intérimaires et travailleurs détachés sont les salariés les plus exposés aux accidents du travail mortels. Comment empêcher cela ?

Idéalement, il faudrait intégrer les éléments de sécurité dans les contrats de sous-traitance ou conventions de stage. Il s’agit d’exiger des éléments de prévention comme une formation à l’arrivée de la personne qui vient travailler temporairement. En général, on demande à cette catégorie d’employé de travailler vite, ce qui augmente le risque d’accident. D’autant plus que la plupart du temps, ce sont des personnes qui ignorent les risques. Il y a aussi une question de coût qui entre en jeu. Si les accidents ne coûtent rien aux entreprises, certaines ne se donneront jamais les moyens de les éviter. Je pense qu’on ne met pas assez au pilori les entreprises qui ne font pas de prévention.

Les décès au travail se produisent le plus souvent sur la route, quelles sont les mesures à prendre pour réduire ce risque ?

Il y a plusieurs axes de travail sur ce sujet. D’abord se demander s’il est utile de prendre la route. Le déplacement doit être questionné dans les entreprises. Les gens ont besoin de se rencontrer mais quand la réunion peut avoir lieu à distance avec les moyens électroniques, pourquoi faire déplacer les participants ? On peut envisager de réduire le nombre de ces déplacements et en garder quelques-uns seulement. Le deuxième axe est d’avoir des véhicules contrôlés et bien équipés en le prévoyant dans les contrats de location. Un pneu est ce qui sépare
l’automobiliste du bitume, il est inacceptable qu’il soit lisse. Enfin, il faut que tous les acteurs de la santé au travail se mettent autour de la
table et établissent un plan d’action.

Les périodes de forte chaleur sont devenues une nouvelle cause de mortalité au travail, leur incidence est-elle sous-estimée ?

Quand on conjugue une augmentation de l’âge des travailleurs avec un phénomène de réchauffement climatique, on obtient une hausse des malaises mortels. Un cœur ne bat pas de la même façon à 20 ou à 60 ans, seulement ce n’est pas du tout pris en compte au niveau des postes de travail. En France, dans les entreprises, on fait comme si on avait tous le même âge et la même taille. Les pays nordiques savent faire travailler leurs salariés âgés. Chez nous, les dernières négociations de début d’année sur le sujet n’ont abouti à aucun accord.

Jean-Luc Rué est intervenu au colloque « Préventica » pour l’amélioration de la qualité de vie et des conditions de travail qui s'est tenu du mardi 18 au jeudi 20 juin à Strasbourg.

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